Vendredi 31 juillet 2009

Miaou lecteur,

Et nous voici fin juillet. Nous avons fêté, comme chaque année, la prise de la bastille ; défilé impeccable devant un parterre de politiciens impassibles et ennuyés, allocution fastidieuse du despote élu pour 5 ans, feux d’artifices, et bal musette puisqu’en France, comme l’a pointé Beaumarchais, tout finit par des chansons, même les révolutions.

Artifice, le joli adjectif que voilà, beau symbole des temps et de la poudre jetée aux yeux des petits loups blancs par un magicien qui fait croire qu’il Oz… Artifice pour pour mieux persuader qu’on ne peut décidément rien faire pour changer le monde et surtout pas mieux répartir pour chacun les richesses produites par tous.

A ce propos, j’en appelle ce mois ci à Aristote. Non pas que je connaisse bien ce philosophe, mais parce que malheureusement lorsqu’on veut convaincre dans ce pays, il faut savoir citer des sources, anciennes de préférence, cela rassure le lectorat (et les examinateurs de philo). Mais je pense que la chose la plus importante en matière de philosophie n’est pas de bien connaître un auteur, même si cela aide, c’est plutôt de bien saisir ces idées et sans doute mieux encore de les faire siennes en développant celles qui ont su vous convaincre. Et si au passage, vous trahissez un peu l’auteur initial, ce n’est pas très grave, il est mort depuis longtemps, et vous pouvez toujours alors prétendre à une idée un peu originale, ce qui, convenons-en, est un moindre mal dans ce monde sans autres idées que celles prônées par une minorité dirigeante, inculte et autoritaire…

Aristote donc. Au-delà de sa justification révoltante de l’esclavage, que j’interprète, pour ma part, plus comme la réponse à un besoin de confort du maître que comme la nécessité de l’asservissement per se et qu’on pourrait donc de nos jours remplacer avantageusement par le confort " moderne ", Aristote est un partisan farouche du " juste milieu ". Bien sûr pas le milieu tiédasse du " marais " des temps de la convention dont l’héritage mollasson transparaît encore de nos jours dans une aile " gauche " vendue au grand capital (les courants Strauss Kann, Lamy et autres) pensant pouvoir apprivoiser le monstre, qui par des réglementations humanisantes, qui par quelques réformes techniques d’une part, et dans une aile " droite " conservatrice et catholique se réclamant de la morale chrétienne (le courant Bayrou) pensant, eux, apprivoiser le même monstre par la voie de la charité et de la compassion nous expliquant qu’il faut bien qu’il y ait des riches car sinon qui s’occuperait des pauvres, d’autre part.
Ce milieu là qui ne sert que d’alibi oppositionnel dans le but de laisser à penser aux petits loups blancs que notre régime est démocratique, n’est pas celui d’Aristote. Le sien, c’est le juste milieu qu’incarnerait une société ou les pauvres comme les riches seraient peu nombreux et les très pauvres comme les très riches seraient encore plus rares. Et cela par la vertu d’une démocratie distributive des richesses produites et limitative des enrichissements capitalistes, lesquels pourrait se définir comme l’accumulation des richesses par accrétion exponentielle ou plus simplement par l’aphorisme : plus tu es riche et plus tu le seras avec en corollaire plus tu es pauvre, plus tu le seras et ce, quelque soit tes efforts, ta peine et ton travail.
Aristote, qui me semble avoir compis que plus que les idées, c'est l'argent qui mène le monde et fonde les classes sociales, recommandait de donner à la plus grande partie d’une population (les " ni très riches ", " ni très pauvres ", la classe moyenne donc) les moyens de contrôle de la société parce que les riches, trop opulents, se désintéresseraient de la conduite de la cité pour tout autres sujets que le maintient de leurs privilèges (et qu’est donc le bouclier fiscal sinon une manifestation contemporaine de ce souci ?) et parce que les pauvres trop déçus du système social proposé ne pourrait raisonner autrement qu’en opposition radicale qui conduiraient à la destruction de la cité. Reste donc la classe moyenne et partant celle-ci doit être aussi nombreuse que possible afin de contenter le plus grand nombre et assurer d'autant mieux la paix sociale.
Ce type de société est aujourd’hui dans le monde développé le mieux représentée par les pays nordiques (Suède, Danemark et Norvège), pays parmi les plus stables du monde. Les impôts sont réellement redistributifs, et la prise en charge des exclus est une réalité. Ainsi, contrairement à la France ou l’on compte un employé de Pole Emploi pour 200 chômeurs, il y en a un pour 10 chômeurs au Danemark… Les chances de personnalisation du parcours professionnel et de redirection vers un métier ou il y a une demande se trouve multiplié d’autant. Une approche flexi-sécurité qui a un vrai sens et n’est pas un alibi, paravent à une casse sociale à la française. Ce système est sans doute loin d’être parfait, c’est pourtant le plus humain que j’ai pu trouver sur terre à ce jour, si l'on accepte de se défaire du mythe du bon sauvage de Rousseau mettant en avant les sociétés tribales ou, à mon sens, plus que la richesse, c'est la précarité qui est partagée en frères.

Certes un vrai système, qui donne à chacun selon ces besoins, est bien loin d’exister. Encore faudrait-il commencer par expliquer à tous que la plupart de ce qu’il considère comme des " besoins " ne sont que le résultat d’un permanent lavage de cerveau médiatique pour le plus grand profit d’un très petit nombre. Ce mécanisme est bien connu mais pour les petits loups blancs qui dorment dans le fond, j’y reviens brièvement ; c’est basiquement une mauvaise utilisation des auxiliaires être et avoir. Trop de gens, efficacement mis en condition, pensent pouvoir être en ayant et palient à leur vacuité existentielle, (leur manque d’être faute d’intelligence, de culture, et de reconnaissance sociale de ce qu’il sont), par l’accumulation d’avoir (une femme, des enfants, une maison, une voiture…) leur donnant l’illusion qu’ils sont " quelqu’un ". Restant (évidemment) insatisfaits, ils changent alors souvent leur avoir (d’abord de voiture puis de maison, puis de famille) espérant être mieux en ayant autrement et toujours davantage alors que le mal est en eux et non autour d’eux. Ce vide jamais comblé fait le bonheur des marchands d’illusions (ces chers publicitaires) qui permettent l’écoulement d’une production de biens toujours plus grande et la réalisations de profit toujours plus élevés. Et chacun, de travailler toujours plus dur pour obtenir de quoi combler ce manque d’être par toujours plus d’avoir.
Or les dés sont pipés ; Outre que le manque d’être ne sera jamais comblé par de l’avoir (même s’il faut un peu d’avoir pour être), l’effort fourni est disproportionné pour l’avoir obtenu, car une part non négligeable de ce travail est détourné au profit d’une petite quantité d’individus qui ont compris que, dans ce système, il faut faire faire et non faire soi-même pour bénéficier (le mot est là bien placé) d’une place au soleil.

Une société plus humaine passe donc par davantage de recherche d’être que de recherche d’avoir. C’est le sens de l’opposition fondamentale entre le libéral (que j’exècre) et le libertaire (que je révère) : le premier prône la liberté d’avoir tandis que le second prône la liberté d’être. Aussi, afin de permettre à tous d’être davantage faut-il (raisonnablement et avec discernement) limiter à chacun le droit d’avoir. Et ce rôle est dévolu à l’état qui ne peut, de ce fait qu’être que l’émanation du peuple puisque c’est lui qu’il gouverne et lui qu’il limite dans sa liberté d’avoir. Le libertaire n'est donc pas en lutte contre l'état mais contre le fait qu'il empêche l'individu d'être, donc contre un état complice du capital et du libéralisme dont il a depuis longtemps cesser de vouloir tempérer les excès.

Le mois prochain, puisque août est traditionnellement un mois " calme " sur le plan politique, je donnerais quelques pistes de ce que devrait être une société ou la liberté d’être prime la liberté d’avoir, une société plus égale parce que plus fraternelle. Liberté, Egalité, Fraternité. L’idéal pour passer du 14 juillet au 4 août.

Ar c’hazh du.

Par Ar C'hazh Du - Communauté : solidar' infos
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Le pedigree du félin :

  • sombrematou
  • : Ar C'hazh Du
  • : Homme
  • : 23/12/1965
  • : Sud ouest
  • : Moto Humanisme Gazette
  • : Hédoniste, Épicurien, Romantique et Libertaire.

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