La gazette d'août 2011

Publié le par Ar C'hazh Du

Miaou lecteur,

 

Dans la torpeur estivale et en dépit d’une bourse qui décroche, d’une monnaie menacée d’explosion et de peuples en colère, les gouvernements d’Europe, rendant impuissants par leur soumission inconditionnelles aux puissances de l’argent, ont préféré partir en congé espérant voir remises à septembre les conséquences de leurs non-décisions. Grand bien leur fasse, tout le monde a droit à des vacances…

 

De mon coté, j’ai vécu au cours de ce mois trois (petit) évènements qui m’ont donné à réfléchir. Bien que peu nanti, le fruit de mon travail qui est ma seule richesse, m’a permis d’économiser suffisamment pour payer mon solde d’impôt sur le revenu courant septembre et m’a même laissé un reliquat que j’ai consacré à acheter un dériveur. Pour les ignorants des choses de la voile, un dériveur est un voilier de taille modeste parfois habitable (mais ce n’est pas le cas du mien) dont la dérive est mobile et peut s’effacer complètement afin de permettre la navigation sur hauts fonds et même d’aborder sur une plage. Engins relativement léger, celui que je viens de m’offrir est petit (et surtout ancien, 1969). Si ça t’intéresse d’en savoir plus, ami lecteur, sur ce symbole passé de la vie insouciante durant les 30 glorieuses, va donc voir par à quoi ils ressemblent.

 

Pour le sujet de cette gazette, qu’il te suffise de savoir que ce type de voilier (et surtout la remorque qui le transporte) doit être assuré, au moins pour faire face aux conséquences financière de la responsabilité civile. Dans mon cas, je souhaitais aussi une assurance vol et destruction (un mât de 6m50 ça attire la foudre facilement sur et près d’un plan d’eau) mais aussi une garantie juridique ; les avocats coûtent chers lorsque l’on doit se défendre pour avoir assommé et noyé un quidam, même si la baignade est interdite au dit quidam en ce lieu.

Or donc, je me suis rendu auprès de mon assureur pour souscrire la dite assurance. Je fus reçu une première fois. Je me suis vite rendu compte que pour un assureur, tous les bateaux se ressemblent (du Yacht princier au petit engin de plage) tout au plus fait-on une distinction entre le voilier et le navire à moteur… Mais j’ai réussi à obtenir le devis que je souhaitais (après plusieurs coup de fil passé par l’employé à sa hiérarchie). Il restait à revenir 48h plus tard pour la signature du contrat.

 

Revenant donc 2 jours plus tard, je suis tombé sur une autre employée qui n’était pas du tout au courant et qui a reconduit les mêmes démarches et qui au final m’a proposé un contrat qui n’était pas celui ‘tout risque’ que je souhaitais car, n’étant pas encore propriétaire du voilier, je n’avais pas pu fournir les certificats de propriété ni une photo du voiler en question ! Comme s’il était courant, ailleurs que dans la finance, de prendre une assurance pour couvrir un bien dont on n’est pas le propriétaire ! Bon, je la fais courte (quoique), je suis ressorti de chez l’assureur avec la conviction que je n’avais pas été bien servi ni bien écouté.

 

Le même type de mésaventure m’est arrivé aussi dans un autre registre. Ayant pris RDV pour changer le pneu arrière usé de ma moto, le mécano m’a annoncé que le pneu que je souhaitais (et dont j’avais indiqué la référence lors de la prise du RDV) était indisponible et qu’il allait devoir en monter un autre. Là encore je me suis senti mal servi et mal entendu lors de ma demande).

 

De même, je suis depuis plus de 5 semaines privé d’Internet, ma connexion ayant pour une obscure raison sauté sans crier gare. Aucune explication n’est disponible du coté de mon FAI. Je suis pourtant certain que ma facture mensuelle sera débité, naturellement.

 

Ayant fait le tour de mes connaissances, je me suis rendu compte que ce type de tracasseries était général, pour peu qu’on s’y attarde. Bien entendu, cela n’empêche pas de vivre, ni même d’être heureux, mais cela me rappelle furieusement la description que fait I. ASIMOV du déclin de l’empire galactique dans Fondation… L’explication que nous avons trouvé, les ami(e)s et moi est la suivante et je vous la donne pour ce qu’elle vaut : Les gens se désintéressent complètement de leur travail. Et le petit plus qu’ils faisaient autrefois pour assurer le fonctionnement de l’ensemble et qui leur valait la reconnaissance de leur pairs et supérieurs et la satisfaction du travail « bien fait » est oublié du fait même que ce petit plus n’est plus reconnu. Cela tient à la modération salariale, au stress au travail, au management « double bind » ou par impératifs contradictoire, combiné à une approche contrainte de la vie en « lâcher prise » et en « mode de fuite » pour se protéger psychologiquement.

 

Conclusion, la qualité des services, mais aussi du travail en général se dégrade conduisant à cette atmosphère délétère de « let it be » ou de « ça ira ». Faute de syndicats pour orchestrer le mouvement de mécontentement général, il reste aux individus cette arme qu’ils ont (re)trouvé instinctivement : le désengagement, un état qui n’est ni le travail ni la grève, juste un désintérêt pour le travail à faire ; on le fait mais en traînant les pieds, un peu comme ces ados vont « bûcher » leur bac alors que dehors, l’été approche et que les filles sont jolies…

 

Si tu es raisonnablement cultivé et de ma génération, ami lecteur, tu as fatalement entendu parler de Sacha GUITRY et en particulier d’une de ses œuvres : « si Versailles m’était conté ». L’histoire, servie par une distribution de comédiens français d’anthologie se termine sur le début de la révolution française, ou Edith PIAF chante dans la foule en colère aux grilles du palais de Versailles le célèbre « Ca ira » révolutionnaire. L’auteur, par l’entremise de Necker* (je pense) s’adressant au Roi propose juste avant une explication à ce chant qui n’est, je m’en suis avisé vers la fin de ma gazette, pas très différente de celle proposée ci-dessus… A méditer ami lecteur. Même si l’histoire ne se répète pas, puisse-t-elle au moins ne pas bégayer trop fort.

 

Ar c’hazh du.

 

(*) Le libéralisme des physiocrates (Turgot en tête) a conduit la France à la révolution. Necker, prônait une intervention de l’état au moins sur les « marchés » des denrées indispensables à la survie du peuple pour lutter contre la spéculation et l’accaparement. Trop dangereux pour les privilèges des aristocrates et des financiers, le Roi le contraint à la démission avec les conséquences tragiques que l’on sait.

Nos roitelets d’Europe sauront-ils entendre les leçons de l’histoire et faire entendre raison aux maîtres de la finance ? Je le souhaite plus que je ne saurais le dire mais j’en doute.

Commenter cet article

Le Chevalier Noir 27/09/2011 15:43


Tu regrettes la perte de conscience professionnelle. Soit. Je suis a priori d'accord avec toi.

Puis je réalise que le lis ton article et y réponds depuis le travail, alors que je pourrais me donner avec plus de coeur dans la tâche que mon employeur m'a attribué.

Je réalise alors que l'on attend plus de service de dévouement, de conscience de la part des autres, et qu'en même temps on revendique facilement un détachement par rapport a son travail, pour se
protéger des soucis que cela pourrait nous procurer, et que, en bon francais surtout, on prend le plus grand soin a ce que notre travaille ne déborde pas sur notre vie dite "privée".

Il y a comme une incohérence entre ce que l'on regrette de la part des autres et ce que l'on revendique pour soi. non?