La gazette de juilet 2011 :

Publié le par Ar C'hazh Du

Miaou lecteur,

 

Voilà quelques temps que je n’ai pas fait mon économiste « non distingué ». Les économistes sont, quasi tous, qualifiés de « distingués » ; je ne sais plus qui avait fait ce constat mais il semble bien que la profession soit très auto-congratulante, un peu comme pour les Molières (ou les 7 d’or) où le théâtre (la télé) se récompense(nt) lui(eux)-même. Je suis non-distingué parce que je ne suis diplômé d’aucune école « d’économie » et que mes conjectures et mes considérations ne sont que le résultat des réflexions et de mes sentiments qui, à l’instar des lunettes noires que me fait porter mon ami de la même couleur (ne cherchez pas, c’est une private joke), ne sont que toutes personnelles.

En clair, ce que je dis n’est peut être pas la vérité mais c’est ma vérité. Et, à tout le moins, la sincérité de cette vérité doit être sinon indiscutable au minimum reconnue.

 

Bref, bien que n’étant pas économiste, il me semble tout de même  possible de faire de l’économie, en se basant sur sa logique, sa culture et son esprit d’analyse. N’en déplaise à ceux qui voit dans cette matière une amoralité, c'est-à-dire quelque chose par delà le bien et le mal, à l’instar de la façon dont Machiavel voyait le pouvoir, j’entends faire ici de l’économie sociale, c'est-à-dire définir le meilleur moyen de créer et répartir la richesse produite par tous de façon à améliorer la qualité de la vie de chacun, qualité que chacun doit bien sûr définir pour lui-même et non se voir imposer par un dispositif social, fut-il étatique ou pire encore d’obédience privée.

 

Cette économie sociale s’oppose à l’économie libérale qui postule, entre autre, des acteurs de marchés et une conduite de ces acteurs uniquement dirigée par le mieux de leurs intérêts. Cet « homo économicus » n’existe pas et n’existera jamais quoi que puisse rêver ces artistes (clowns ?) qui prétendent faire coller la réalité à leur modèle plutôt que de reconnaître les limites du-dit modèle. Cette approche, au passage,  est tout simplement totalitaire. L’homo sapiens lui existe et, outre sa fonction économique (que je ne dénie pas), il intègre aussi une fonction morale, éthique, artistique, culturelle, parfois religieuse, sentimentale et j’en passe, qui influent sur ces actes et ses décisions. Nous ne sommes pas que rationnels ou plutôt, nous ne sommes pas mu que par notre égoïsme primaire, et tant pis pour les rapaces, handicapés du sentiment, qui projettent sur tous leur triste personnalité.

 

L’économie (ainsi définie plus haut) donc n’est pas amorale et ce serait immoral que de laisser cette idée s’installer dans les esprits. Ce qui est amoral (et c’est bien différent), c’est l’estimation des coûts de production, de revient  et de répartition des richesses que le peuple entend définir comme souhaitable pour chacun. Toutefois ce financement doit être, lui aussi, éthique, c'est-à-dire relever de la justice sociale et de l’arbitrage des peuples quant à la part qu’il entend se donner à lui-même pour bien vivre et la part qu’il entend investir pour son mieux vivre futur et celui de sa descendance. Ce sont des choix qu’il doit faire, simplement parce que c’est lui qui les assume.

 

Or c’est précisément ce que le monde « opaque » de la finance (la petite frange de l’humanité qui s’enrichie sur le travail et, trop souvent, le malheur des autres) refuse de voir se réaliser. Les choix financiers qui sont faits à ce jour ne visent qu’à un seul objectif ; maximiser le retour sur investissement dans un délai aussi court que possible. Les conséquences de cette politique à œillère et court-termiste sont patentes : destruction de l’édifice social, maximisation des injustices, augmentation des inégalités, gâchis des ressources, destruction de l’environnement et partant, mise en danger de l’avenir des générations.

 

Ce choix de vie pourrait tout à fait se comprendre (même si pour ma part je le trouve regrettable) s’il était le résultat d’un accord massif de la population. Bien entendu, il n’en est rien, il n’est que le résultat du laisser faire de nos politiciens subjugués par l’argent et son pouvoir de corruption d’une part, et du peuple qui d’élection en élection (quand élection il y a) laisse s’installer une élite politique qu’il sait pourtant peu compétente (pour le moins) d’autre part.

 

Le résultat donc est évident. L’écart entre riche et pauvre, loin de se combler, se creuse car le capital se concentre. C’est là le résultat mécanique du prêt à intérêt dès que le montant du dit intérêt dépasse la richesse produite par l’investissement du capital qu’il rémunère. Par ailleurs, si la liberté est laissée aux financiers de créer de la valeur sans contre partie en richesse (des actions surcotées, des paris sans financements réels, des bulles spéculatives…), une grande partie de la valeur en cours n’est pas garantie ce qui conduit tôt ou tard à une disparition de la dite valeur. Tout le « jeu » de la finance est alors de répartir cette « perte » sur la plus grande assiette possible (too big to fail, risque systémique et autre aléa moral, autant de mot « magiques » pour couvrir une grosse arnaque). En clair, le bénéfice est privé et la perte est publique et ce avec l’aval de nos dirigeants. Ce deuxième effet de pompe conduit aussi à la concentration de capital en peu de mains.

 

Face à ce racket organisé des puissances de l’argent, il est une parade efficace mais hautement politique : l’annulation de la dette. Avec cette idée simple (mais non simpliste), du jour au lendemain, plus personne ne doit rien à quiconque. Bien entendu, tout créancier doit de son coté faire une croix sur l’argent prêté, il ne le reverra pas. Coté débiteur pur, on reste propriétaire de ses avoirs, sa dette est effacée. Et celui qui est entre deux, un peu créancier, un peu débiteur, le delta entre les deux indique ce qui lui reste. Avec cette approche, le riche perd beaucoup, le pauvre l’est moins et la classe moyenne perd (ou gagne) un peu. Unr sympathique façon de faire un vrai « New deal »

 

Es-ce faisable ? A voir.

Au niveau mondial, faute d’un gouvernement du monde ; il faudrait un accord multi états à l’ONU qui prendrait du temps. Or une situation « d’entre deux » paralyserait les échanges conduisant à la panique et la destruction de l’économie. Il faudrait donc des négociation secrètes ; Probablement irréalisable au niveau de 150 pays, sauf à garder ce scénario comme une arme d’ultime recours et de menace pour faire passer des mesures régulatrices plus « soft » envers la finance internationale.

Au niveau européen, c’est déjà plus jouable ; les chefs d’états membre pourraient étudier en secret (à 27 et sans leurs sherpas, pour une fois) ce scénario et faire  prononcer la décision par le président de l’Europe. Une garantie de remboursement pourrait même être envisagée hors Europe et le reste du monde pourrait ainsi se rassurer sur le fait que l’Europe fera « face » à ces engagements internationaux tandis qu’en interne toute dette d’un groupe social à un autre serait tenu pour nulle.

 

Autre piste, si décidément l’Europe ne voulait rien d’autre que de rester celle des marchands et surtout celles des financiers, se tourner vers un défaut partiel ou total « pays par pays » ou groupe de pays par groupe de pays (avec une seule monnaie unique, cela pourrait être « amusant »).

 

Au sujet du défaut d’un pays, pas de panique, il y a des précédents tout au long de l’histoire depuis le moyen âge, même (et surtout) en Europe, et bizarrement, le monde tourne encore ! Le récent défaut Islandais et Argentin, dont je te recommande, ami lecteur, la lecture de l’histoire ici devrait te rassurer ; même si tu y laisses des plumes un court moment (6 mois) parce que tu es « riche », petit loup blanc, le rebond est assez significatif pour confirmer que l’inégalité exagérée de la répartition des richesses est aussi toxique aux économies sociales que la totale égalité de la dite répartition. Une évidence que les Chicago boys et leurs thuriféraires aimeraient tant nous faire oublier…

 

Ar c’hazh du.

 

 

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