Grandeur et servitude du statut de Motard.

Miaou Lecteur,

 

Ce billet d’humeur pour ici tenter d’expliquer à ceux qui me font l’honneur de me lire non pas comment « pense » le motard, mais comment je me pense quand je me « pense » motard.

 

Je me pense vivant :

Le « mythe » du motard libre comme le vent, pour moi est une réalité. Et quotidienne qui plus est. Pas de vrais obstacles, pas d’entraves à ma circulation (je vais y revenir dans mes conseils ci-dessous), pas d’autres limites que celles imposées par mes aptitudes physiques et mentales. Au volant d’une voiture, je me déplace, au guidon de ma moto (une moyenne cylindrée d’origine, propre et moderne) je vis, je décide, j’agis, je suis libre et j’adore ça.

 

Je me pense responsable :

La vraie responsabilité, celle qui découle d’une acceptation des risques, de leurs conséquences, et surtout de la détention de l’autorité nécessaire à son exercice. A ce titre, comme ailleurs, j’exerce mon libre arbitre. C’est un sentiment qu’il est de plus en plus rare de pouvoir ressentir.

Cette responsabilité englobe aussi le passager (la passagère le plus souvent, celle que l’on chérit par-dessus tout) auxquelles s’ajoutent tous les inconnus à pieds ou à deux roues que l’on croise sur sa route. Etre responsable, c’est tout faire pour les préserver d’un choc.

 

Je me pense fragile :

En moto, le moindre choc blesse, à 50km/h il tue. Sans éléments carrossants pour le protéger, le motard ne peut compter que sur son casque, son blouson, son pantalon épais ses bottes et ses gants. C’est peu. Cette « armure » est utile pour les petits chocs et même indispensable pour les « glissades » mais pour le reste elle est essentiellement illusoire. La chute, même protégée, même à basse vitesse, fait MAL (j’ai testé et je confirme). Le choc, je n’ose qu’à peine y penser. Juste assez pour saisir à quel point la moto est une activité risquée.

Une moto c’est, par nature, un véhicule instable, il ne tient en équilibre sur ces roues que par l’entremise de forces et d’une dynamique complexe rapidement compromise lorsque la situation de dégrade. Les réflexes et l’expérience peuvent parfois sauver une situation délicate mais rarement. L’expérience incite plutôt à se tenir loin de la situation délicate…

Chaque matin, en tournant la clef de contact le sticker que j’ai fait poser sur le réservoir et qui représente une tête de démon, me regarde et me rappelle le danger. Paraphrasant Dante et son Enfer, il me dit : « Toi qui monte en selle, abandonne toute arrogance »

 

Cette prise de conscience faite, je n’entends pas être surveillé par une « autorité » dans mon comportement routier de tous les jours. Bien sûr, si survient un drame, il faudra bien rendre des comptes mais tant que ce drame n’a pas lieu, j’entends rester seul à décider de mes actes. A ce titre je milite pour un code de la route incitatif et non obligatoire et surtout contre une autorité répressive comme aujourd’hui. Car, comme partout ailleurs, dans les activités humaines, l’acceptation d’une surveillance est un renoncement à une liberté et donne à l’autorité surveillante un pouvoir sur chacun que je lui dénie.

J’ai obtenu, au moyen d’un examen difficile, la reconnaissance de mon aptitude à faire de la moto. J’ai donc la compétence et l’autorité pour exercer ce privilège. Tant qu’il n’est pas manifeste, au travers d’un accident, que cette compétence est remise en cause, je reste détenteur de cette compétence. Et même alors, les circonstances de l’accident sont à examiner de près.

En effet, comment d’une part demander toujours plus de responsabilité aux individus et d’autre part les surveiller toujours davantage ? Sauf à penser que cette « responsabilisation » n’en est pas une mais est bien plutôt une culpabilisation déguisée, ce qui est, à mon sens le vrai but de tout pouvoir exercé arbitrairement. D’autant que les représentants de cette autorité font rarement preuve de discernement et de subtilité. D’autant que leur hiérarchie, cravachée par un mégalomane populiste, leur demande « du chiffre, du résultat » et rêve de remettre « le bleu marine à la mode ». Là où il y a pouvoir, il y aura abus de pouvoir. Le constat est hélas quotidien. Comment interpréter autrement la recrudescence du « délit d’outrage » ?

 

Pour finir, ami lecteur, toi qui roule en voiture et qui n’a, hélas, jamais reçu de formation sur la moto ni une sensibilisation sur le « comportement motard », voici quelques conseils pour faire des motards tes amis :

 

1 – Roules à droite (non encore plus, vas-y, plus,  tu as encore de la marge…) :

Oui je sais, en France on roule à droite de la route, moi je te dis « roule à droite de la droite ! » Ta roue droite doit tangenter la bande blanche de bord de route. Et si tu roules en 4 x 4, dis-toi que tu es encore plus loin de cette bande qu’en petite voiture de ville. Cela doit devenir un réflexe, à droite toujours plus à droite ! Tu ne me verras jamais te recommander la droite ailleurs que sur la route mais là je suis extrémiste ! Davantage encore si la circulation est difficile et lente, ne viens pas à gauche « pour voir », il n’y a rien à voir, c’est juste bouché, alors serres à droite et patientes (ou achète une moto…)

Roules à droite, amis lecteur, le motard qui te double pour remonter la file ne te surprendra ainsi pas en passant à ta droite, il restera loin de ton rétro gauche en te doublant et te gratifiera le plus souvent d’un petit salut reconnaissant au passage pour avoir pensé à lui.

 

2 – Ne tournes jamais sans prévenir ni contrôler :

Ton véhicule est un piège rempli d’angles morts. Tu l’ignores sans doute (ou tu l’as oublié) mais les rétros ne sont pas suffisants pour vérifier l’absence de véhicule derrière toi. Avant de tourner ou de te déporter, penses à tourner la tête et surtout à clignoter (au moins 5 secondes avant !). Si tu agis ainsi, tu éviteras d’avoir un jour un motard sur la conscience... Peut être n’aurait-il pas dû tenter le dépassement à ce moment mais lui sera gravement blessé ou tué. Toi tu auras juste une portière ou une aile à refaire... Signales-toi avant de tourner, c’est vital aux motards.

 

3 – Ne remplis pas ton réservoir de carburant à fond :

Le réservoir d’un véhicule est défini pour une capacité. Cette capacité atteinte, le pistolet de remplissage déclenche seul la fin du remplissage. A ce moment là, RACCROCHE le pistolet, le plein est fait ! Ce que tu vas rajouter ensuite se répandra au premier virage à droite sur la route. C’est polluant, c’est du gâchis (cher gâchis en plus) et, pour un deux-roues, ce liquide gras répandu sur la route est un piège mortel. L’adhérence est brutalement réduite à rien ou presque et entraîne presque à coup sûr la chute, d’autant plus facilement que ce piège s’active quand la moto est penchée, puisqu’en virage.

 

4 – Pense au motard davantage encore dans les ronds-points :

Les ronds points pour un motard c’est l’épreuve, sa grande peur, la mère de toutes les craintes, son pire cauchemar. Pourquoi ? Parce qu’il doit faire face à beaucoup de chose à la fois : veiller, comme tout les usagers, à l’entrée que la voie est libre bien sûr mais aussi, s’assurer qu’un conducteur distrait ne s’apprête pas à le percuter par l’arrière, vérifier l’absence de gravillons et de traces grasses (cf. point 3) et que le véhicule précédent ne pile pas juste devant... Le tout à vitesse réduite, lorsque l’équilibre de la machine est le plus difficile à maintenir. Si les conditions ne sont pas favorables, il devra s’arrêter et poser pied à terre, moment parfois délicat, surtout si la chaussée est glissante. Une fois engagé dans le rond point, il doit incliner sa machine pour tourner, activer son clignotant droit, contrôler en tournant la tête lorsqu’il sort que la voie externe est libre, toujours surveiller que sa trajectoire ne passe pas par une trace grasse et changer d’angle pour sortir... Une épreuve complexe demandant sang froid et self-control. C’est encore plus délicat sous la pluie et lorsque la moto est chargée. Bref, ami lecteur, sois vigilant davantage encore aux ronds-points, le motard y est parfois en détresse et s’il lui arrive d’effectuer une manœuvre douteuse, c’est parfois pour éviter une chute... Patience et indulgence, peut être est-il encore novice ?

 

5 – La nuit, penses aux feux de croisement :

Le motard porte un casque, pas pour plaire à la maréchaussée, parce qu’il sait que c’est ça ou le trauma crânien en cas de chute. Ce casque possède une visière qui lui tient lieu de pare brise et qu’il s’efforce de maintenir propre et sans rayure. Certes, il s’y efforce mais il n’a pas de dispositif de lave glace... Aussi il arrive, au bout d’une longue période de roulage, que les insectes, poussières et autres débris maculent la visière réduisant la visibilité. Le jour, c’est contrariant, la nuit c’est dangereux, d’autant plus que les phares des véhicules venant en face sont alors diffractés sur ses salissures et ont un effet éblouissant certain. Si le véhicule venant en face oublie ses feux de route ou ses feux à longue portée, c’est l’enfer. Et c’est encore pire si la pluie tombe, les gouttes sur la visière renforce cet effet... Ebloui, on se précipite dans un trou noir, où est la route, où est le haut, le bas, la gauche, la droite ? C’est vraiment paniquant. Ami lecteur ne croise jamais un motard de nuit en feux de route, tu risques tout simplement de le faire chuter ou quitter la route, ce qui peut le tuer...

 

Il y aurait bien sûr plein d’autres choses à dire mais si tu penses à ces conseils, ami lecteur, quand tu es au volant, tu sauveras (virtuellement) des vies de motards et, puisque la famille c’est sacré, qui sait peut être celle de ton enfant ?

 

Ar c'hazh du. Septembre 2008.