La tirade du chat noir.

Chat Noir ? C’est tout ? Ah non, c'est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire... Oh ! Dieu ! Bien des choses en somme.
En variant le ton, tiens par exemple, à voir :
Agressif : "Moi, Monsieur, si j’avais un chat noir,
Il faudrait, sur-le-champ, qu’on le peroxydasse !"
Amical : "On le voit passer la tête basse !
Dites-moi, est-il vrai qu’il vous suit tout partout ?"
Descriptif : "Il est fort ! Il est noir ! Beau matou !
Que dis-je, beau matou ? C’est Raminagrobis !"
Curieux : "Ce chat serait, selon vous, couleur bis ?
Allons donc, il est noir, la couleur du malin !"
Gracieux : "Aimez-vous à ce point les félins,
Que, paternellement, vous vous préoccupâtes,
De gîter ce greffier, noir de la tête aux pattes ?"
Truculent : "Ça, Monsieur, lorsque vous jouez aux dés,
La queue de ce matou passe-t-elle sous son nez,
Sans qu'un joueur ne s’écrie : Chat Noir ! Fin de partie ?"
Prévenant : "Mon ami, ton chat s’est couvert de suie,
Prends garde, Il pourrait bien ternir ta bonne étoile"
Tendre : "Faites-lui faire un couvre-chef en toile,
De peur que sa couleur, au soleil, ne se fane…"
Pédant : "L'animal seul, Monsieur, qu'Aristophane
Nomme Féliscatusnégrisassombriscé,
Peut avoir, sur la peau, tant de poils si foncés !"
Cavalier : "Quoi, l'ami, ce noir gouttière est votre ?
Pour prendre une veste, n’avez rien besoin d’autre !"
Emphatique : "On ne peut, c’est assez infernal,
lutter contre ce chat, porte poisse intégral !"
Dramatique : "Marée noire pour chaque mue !"
Admiratif : "Pour Belzébuth, bien belle vue !"
Lyrique : "Est-ce un démon, êtes-vous un sorcier ?"
Naïf : "Ce gentil chat, c’est vous qui le peignez ?"
Respectueux : "Souffrez, Monsieur, que l'on vous plaigne,
Ce chat s’accroche à vous, bien pire qu’une teigne !"
Campagnard : "Eh, arde ! C'est-y un chat ? Nanain !
C'est queuqu'belette ou ben queuqu'blaireau nain !"
Militaire : "Miaulez contre cavalerie !"
Pratique : "Voulez-vous le mettre en loterie ?
Assurément, Monsieur, il aura du lot-lot !"
Enfin, plagiant Rostand, en un bien faible écho :
"Le voilà donc ce chat qui, sur son gentil maître,
Attira la malchance. Il en noircit le traître !"

Ar c'hazh du.. Revu en novembre 2007.