Le choix des âmes. 3 - Schéat.

Schéat est une étoile. Elle est assez visible dans le ciel, d’une magnitude allant de 2.31 à 2.74. Selon la classification standard des astronomes, c’est une géante rouge variable distante d’env. 175 années lumière du soleil. Elle est située dans la constellation de Pégase (il s’agit en fait de Béta Pegasus).

Gabriel, quant il ne s’incarne pas, va souvent traîner par là-bas et il avait plusieurs fois constaté que cette étoile se contractait quant il s’en approchait et se distendait quant il s’éloignait. C’était la seule étoile qui faisait cela à son approche. Ca lui plaisait bien ces mouvements énormes, comme un cœur monstrueux. Evidement à l’échelle humaine, ces " battements " sont lents, le temps dans l’éther n’a pas vraiment de sens et en tout cas pas la durée connue des humains.

Une fois, Gabriel avait senti l’étoile " battre " ainsi alors qu’il en était loin. Intrigué, il s’en était approché doucement et pas trop près et il avait vu Succube s’éloigner de Schéat tandis que l’étoile reprenait une taille normale. Gabriel n’aurait pas remarqué Succube si son sillage rouge orangé dans l’éther, si caractéristique, ne l’avait trahie... il avait depuis observé ce phénomène de temps en temps et, à chaque fois, vu la trace de Succube. Elle semblait, comme lui, attirée par cette étoile, elle qui ne quittait jamais vraiment les parages de la terre. En souvenir, Gabriel avait eu l’idée de pousser Alexandre à " offrir " Schéat à Léa, un soir de juillet pour ces 18 ans, alors qu’ils étaient restés ensemble à regarder le ciel.

Léa, troublée et ravie, avait accepté ce " don " et depuis regardait parfois le ciel en direction Schéat se demandant ou pouvait bien être son Ange et ce qu’il pouvait bien faire. C’est alors en général que Léa rêvait de lui, la nuit suivante.

Léa avait appris de ces parents à écouter ses rêves, et Succube ne parvenait toujours pas à lui faire oublier ce garçon. Bien sûr, Léa avait grandi, elle avait rencontré de nombreux autres hommes, elle était si jolie, si attirante dans sa fragilité. Elle avait croisé ainsi certains hommes dont elle était même tombée " amoureuse ", suffisamment en tout cas pour se convaincre de coucher et même, de vivre un certain temps avec quelques-uns d’entre eux. Il lui arrivait d’avoir parfois du plaisir à faire l’amour, du plaisir, le supplice de Succube ; du plaisir certes, mais pas d’orgasme, en tout cas pas comme son premier, plus jamais comme son premier. Succube ne l’aurait pas supporté et l’interdisait à Léa. Elle avait déjà du mal à se contenir lorsque Léa consentante mais anxieuse cédait aux instances de ces amants.

La libido endormie de Léa, anesthésiée par Succube la laissait assez indifférente aux plaisirs charnels. Le souvenir douloureux de ce premier orgasme la conduisait à sublimer son énergie dans d’autres activités, le chant et la musique notamment. Mais l’un de ces amants, moins mauvais que la plupart, avait une fois failli la conduire là où Succube interdisait à Léa d’aller et Succube relâchant un instant son emprise sur elle-même avait failli le tuer. Lorsqu’elle avait repris le contrôle, le malheureux avait la peau du dos labourée par les ongles de Léa et saignait passablement. Une marque visible de canines orna son cou pendant longtemps, ses organes génitaux le firent souffrir quelques temps également. Il refusa toujours par la suite de dire à Léa ce qu’il avait vécu. Suite à l’expérience, Léa, effrayée, mit fin à leur vie commune comme elle avait coutume de le faire à chaque fois qu’un garçon lui plaisait un peu trop et que la relation " s’installait ". A la fois attiré et repoussé, il n’insista pas davantage et alla courir d’autres aventures moins exotiques. Mais cet homme là était un baroudeur et il avait eu le temps de donner à Léa son goût pour l’inconnu. Léa avait toujours voulu " voir le monde " et Succube trouvait qu’il était temps désormais que Léa réalise ses rêves. Elle encouragea donc Léa en lui donnant juste assez d’inconscience pour préparer son tour du monde.

Lorsqu’elle fut prête, elle quitta son emploi au service marketing d’une grande boîte parisienne, emploi qui l’avait jusque là nourrie sans l’épanouir, ressembla ses petites économies, se fit aider par ses parents toujours aussi fous de leur fille bien que terrifiés par son projet, et partit vers le sud est asiatique…Avant de partir toutefois, elle voulut revoir son Ange, craignant de ne jamais revenir en France.

 

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