Le choix des âmes. 4 - Retrouvailles.

Alexandre avait trouvé un travail en " rapport avec ses capacités " et concevait des petits dispositifs destinés aux centres d’études nucléaires dans une PME ou les profits générés par son travail allaient dans la poche de son patron dont la puissance de la BMW indiquait clairement la qualité du travail d’Alexandre et la taille de l’organe reproducteur du-dit PDG. Mal payé ? Alexandre n’en avait cure, il s’était fait plaquer récemment par celle qui l’avait consolé de sa rupture d’avec Léa, et il se foutait de pas mal de chose, l’argent en premier lieu. Il aimait concevoir ses prototypes, les études techniques que cela demandait lui permettaient d’exercer un peu de la créativité dont Gabriel l’avait doté. Il travaillait aussi consciencieusement qu’il le pouvait compte tenu de sa nature rêveuse et dilettante et pensait souvent à l’absurdité du monde crée par les humains, dont les sociétés couraient inévitablement à la catastrophe, " La Grande Cata " comme il l’appelait. Il était persuadé qu’il la verrait de son vivant. Et ce jour là, la BMW de son patron risquait de ne pas trop lui servir à grand chose…

Aussi, lorsque Léa se rappela à lui pour demander à le voir avant son grand départ, le vide sentimental et spirituel de sa vie le poignarda en plein cœur, lui rappelant une blessure de jeunesse dont il avait guéri assez vite mais très superficiellement. Gabriel, lui, se sentit exalté à l’idée de revoir Succube, peut-être pourrait-il avec la maturité de la trentaine la convaincre au travers de Léa de fusionner ?

Hélas, la rencontre fut décevante : un bar à Lyon, juste avant un train. Léa était toujours aussi belle aux yeux d’Alexandre, mais elle était déjà partie. Il y avait tant à dire et si peu de temps, Alexandre ne put dire que des banalités et Léa et lui se quittèrent frustrés et malheureux. Succube, fermée, ne vit même pas Gabriel qui éclairait le regard d’Alexandre. Léa et Alexandre ne s’embrassèrent pas, Gabriel ne put respirer Succube. Il était désespéré, et l’âme d’Alexandre pleura, l’entraînant doucement vers une noire déprime qui allait lui coller à la peau des mois durant.

Léa partait, enfin, libre, seule, elle pouvait faire ce qui lui plaisait ! Et dans ce train qui l’emmenait à l’aéroport de Marseille, elle repensa à Alexandre. Il avait changé, plus mûr mais si triste, qu’es ce qui pouvait bien avoir transformé son Ange de 18 ans en ce garçon dépressif ? Mais ce qui l’inquiétait surtout c’est qu’elle ne pouvait pas l’oublier, il était toujours là, là au fond de son cœur, dans son corps, ses baisers étaient des souvenirs gravés au fond de sa conscience et cette obsession l’effrayait. Elle n’avait pas voulu courir le risque de les raviver en embrassant les lèvres d’Alexandre, de rester avec lui une nuit ou deux, et de ne plus vouloir partir. Elle avait certes, de très beaux souvenirs de ces nombreux amants certains même étaient forts, doux et vivaces, mais aucuns, aucuns n’étaient aussi puissants que ceux laissés par ce garçon, par ces baisers, par ses mains, par son regard, ce regard d’infinie tendresse que Gabriel allumait dans les yeux d’Alexandre comme autant d’appels sans réponse à Succube mais que Léa, elle, recevait très clairement. Etait-ce lui qu’elle fuyait ainsi au bout du monde ? Son goût pour la liberté que toujours elle avait eu, la poussait-elle à s’éloigner au plus loin de celui qui pourrait l’enchaîner, de celui dont elle aimerait les chaînes, de celui qui pourrait la conduire vers des sommets de plaisirs qu’elle se refusait à envisager à cause de son corps fragile ? Non, décida-t-elle, elle voulait juste voir le monde, satisfaire sa curiosité, vivre sa liberté de femme moderne, curieuse de rencontrer d’autres idées, d’autres approches, d’autres spiritualités, de voir d’autres paysages, d’autres visages. Alexandre et sa vie monotone n’étaient pas pour elle, et de toute façon, le passé était le passé. N’empêche, elle pensait encore à lui en débarquant en Thaïlande…

 

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