Le choix des âmes. 7 - Appaisement.

Lorsque Léa reprit conscience, elle était allongée sur une paillasse, à l’ombre, dans une pièce rassurante, une chambre sans doute. Encore faible, elle regardait sans voir. Sa tête était lourde, son corps était épuisé, plus débile encore qu’à l’ordinaire A son chevet, se tenait Jahimé. Doucement il parla, elle l’entendit. Il l’avait trouvé sur la plage au soleil. Victime d’une insolation sans doute, elle était inconsciente. Il attendait la venue d’une européenne. Il avait additionné deux et deux, et il l’avait ramené chez lui. 2 jours durant elle avait déliré, il l’avait soignée, baignée, réhydratée, progressivement nourri son corps tandis qu’elle avait quelques bribe de conscience entre deux périodes de délire. Jamais il n’avait douté de la guérison, Léa voulait vivre. Ce que Jahimé ne dit pas à Léa, c’est qu’il avait aussi parlé à Succube, comme cet ascète indou l’avait fait. Et Succube avait de nouveau écouté. Et pour la première fois depuis des lustres, elle avait eu moins mal. Jahimé avait massé Léa durant son inconscience et Succube un temps toutes griffes dehors s’était alors vite apaisée.

Léa redevenant elle-même, il put lui expliquer que l’art de ces massages Ayur-védiques s’apprenait sur plusieurs vies et que Léa ne pourrait jamais prétendre à leur maîtrise même en 10 années passées auprès de lui. Mais il accepta de lui en enseigner les premiers rudiments en quelques mois et Léa reçut cet enseignement avec une telle avidité, Succube s’y employait, que Jahimé dut reconnaître en elle une élève des plus douée. Vivant d’expédients, des soins que Jahimé prodiguaient et de l’argent des parents de Léa, ils pouvaient se consacrer à cet apprentissage, mais ils occupaient aussi leurs temps à marcher sur cette plage qui avait tant plue à Léa, à se baigner dans cet océan si calme, à faire un peu de cheval, à parler aux gens de cette région et surtout à apaiser l’âme de Léa. Jahimé ne devint jamais l’amant de Léa, elle en rêvait un peu, mais Jahimé connaissait Succube et il s’en tenait aussi à distance que possible. Il avait pris assez de risque à tenter de l’atteindre en massant Léa inconsciente.

Vint le jour de la séparation. Après presque un an de voyage, Léa n’avait plus guère d’argent, ses parents inquiets, devenaient pressants et ils lui manquaient un peu. Elle avait prouvé qu’elle pouvait affronter le monde et elle éprouvait le besoin de rentrer se faire un peu chouchouter. Jahimé l’accompagna à l’autocar et lui donna rendez-vous dans une prochaine vie. Il ajouta quelque chose que Léa crut être en Portugais et qu’elle ne comprit pas. Elle ne put jamais faire répéter, le car démarrait. Succube aussi voulait rentrer et elle, avait compris les mots de Jahimé : " donne, et tu iras mieux ". Ce n’était pas du Portugais, c’était le langage des âmes. Ce choix du don, Succube voulait l’expérimenter avec Léa.

 

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