Le choix des âmes. 8 - Réunion.

A son retour en France, elle resta un moment chez ses parents à végéter un peu. Son père désespérait de la voir enfin faire un vrai métier. Elle passait une grande partie de son temps à masser, d’abord ces proches, puis ses amis retrouvés et de proche en proche, d’amis en amis, elle en vint à avoir une véritable petite clientèle. Vivant chez ces parents, jeunes retraités, qui avaient vendu, au désespoir de Léa, le bateau pour s’acheter une petite maison dans un quartier résidentiel, elle n’avait pas de gros frais et gagnait suffisamment pour avoir une certaine indépendance. Succube souffrait moins, le mal qu’elle soulageait chez les autres par les massages que prodiguait Léa l’aidait vraiment à s’apaiser. Elle se sentait presque sereine, presque comme lorsqu’elle était désincarnée. Mais Léa rêva bien vite de nouveau à Alexandre. En fouillant un soir dans ces affaires de voyage, elle redécouvrit la lettre qu’elle lui avait destinée à Jéricaoquara et que, suite à son " insolation ", elle avait complètement oubliée de poster. Sa relecture l’incita à en faire une nouvelle plutôt que de lui envoyer celle-ci, déprimée et dépassée. Elle n’avait pas nouvelles récentes de lui et voulait juste en prendre. Aucune arrière pensée se disait-elle en la postant…

Alexandre reçut la lettre. Il avait plaqué son patron et était parti gagner 2 fois plus d’argent dans une boîte plus grande ou on lui en demandait 3 fois moins. Il vivait mieux, ses parents, finalement divorcés, étaient satisfaits de l’évolution de sa carrière, mais ce travail ne le passionnait guère. Gabriel se dit alors qu’il était temps de reprendre la situation en main. Lorsque Alexandre reçut la lettre, il le força à se poser. Durant 5 jours, il l’empêcha de lire autre chose que cette lettre et de penser à autre chose qu’à Léa. Au bout de ces 5 jours, il lui permis de lui répondre, d’y adjoindre un poème, une rose, de pleurer, de rire et enfin de dormir. Il voulait qu’Alexandre provoque chez Léa assez de curiosité pour qu’elle accepte de le revoir, qu’elle accepte enfin de se laisser apprivoiser.

Léa voulait Alexandre, elle le savait désormais, depuis leur séparation à 18 ans, malgré ses autres amants, même au cours de son année de voyage, elle n’avait pu l’oublier. Ses lettres (il y en eu plusieurs) indiquaient très clairement combien il aspirait à elle. Toujours un peu naïf, il lui parlait d’amour romantique et pour toujours, elle qui avait si souvent entendu ce type de discours chez tant d’autres. Elle en décelait toutefois la sincérité et elle avait envie d’y croire à ce grand Amour, celui qu’elle n’avait encore jamais croisé même au mieux de ces meilleures passions. Cela ne durait pas, elle avait trop mal lorsque l’amour débarquait dans sa vie, mais revivre une passion avec son amour de jeunesse, pourquoi pas… Et puis qui sait, sa formation récente et le bien qu’elle faisait autour d’elle semblait rendre son corps moins chétif, moins fragile, peut être pouvait-elle tenter quelque chose avec son Ange, la maturité venant ? Elle aimait son style, son esprit, aimerait-elle toujours son corps ? Et lui que penserait-il du sien chargé du poids des années passées ? L’aimerait-il toujours lui qui l’avait connue virginale ? S’il était si amoureux qu’il le prétendait, il devrait toujours voir en elle la vierge qu’elle était alors, et sinon, tant pis décida-t-elle.

De fil en aiguille, leur relation grandissait. Alexandre, sur des charbons ardents, pressait Léa de céder et celle-ci, certaine de l’issue aimait à faire durer cette période si troublante pour les filles ou elles se sentent désirées et non conquise et si éprouvantes pour les garçons quant la nature les tenaille et les presse de conquérir. Ce jeu immémorial doit pourtant bien finir et Léa était experte dans l’art de le faire durer au maximum sans décourager sa proie. Alexandre, mesuré par Gabriel, souffrait et prenait son mal en patience, face à Léa, comme tout amoureux face à la femme qui le charme, il était désarmé.

Léa invita Alexandre en Provence. Et Léa et Alexandre se retrouvèrent enfin dans une chambre d’hôtel. Elle l’avait choisie pour lui, et un peu pour elle, juste au cas ou… Elle s’était faite aussi belle qu’elle s’en sentait capable, juste pour se sentir bien… Elle avait repris la pilule, juste pour lutter contre un peu d’acné… Une fille ne prévoit jamais rien… Le soir de son arrivée, après un restaurant, elle avait monté les marches, aérienne, divine aux yeux d’Alexandre. Il l’avait suivi, tremblant déjà de désir mal contenu. Succube sentait bien qu’elle allait affronter une crise grave, tout le corps de Léa était déjà en feu. Apaisée ces derniers mois, Succube faisait appel à toute sa force pour ne pas sombrer de nouveau.

Lorsque enfin après 15 ans leurs lèvres se joignirent de nouveau, Léa explosa de désir. Ces souvenirs ne l’avaient pas trahi et son Ange était toujours aussi doux, passionné, ses lèvres avait toujours ce parfum d’océan et d’embruns vifs et salés. Aucun autre que lui, jamais, n’avait eu ce goût, celui de la première fois, celui du bonheur des jours désormais passés.

Alexandre embrassait Léa, ce geste mille fois rêvé durant ses nuits sans sommeil, il l’avait chargé de toutes ses émotions oubliées, refoulées, refusées. Il embrassait Léa, sa Léa, celle qui avait voulu être à d’autres, à tant d’autres et qui lui revenait, lui le premier, le prince, lui qui avait du consentir à n’être que cela, le premier, et qui maintenant de toutes ces forces, de toute son âme aspirait à être le dernier, celui qu’elle verrait lui sourire malgré ces larmes si Léa devait disparaître avant lui, ou qui lui dirait " à bientôt, je t’attendrais " si son tour venait avant.

La joie d’être de nouveau à elle était si forte que des larmes d’émotion coulèrent bien vite de ces yeux. Léa bouleversée également les reçut, les but et aima Alexandre. Et tandis que tant d’amour s’échangeait entre eux deux, qu’ils se respiraient, se caressait et que leur passion poussait irrésistiblement leur corps l’un vers l’autre, Succube enfin entendit la voix de Gabriel, respira enfin cette âme fraîche et pure, vit enfin les lumières qu’il allumait dans les yeux d’Alexandre. Elle redoutait moins le plaisir de Léa, elle se refermait moins, alors elle comprit tout ce que Gabriel était, proposait et désirait : par delà les corps de Léa et d’Alexandre, la fusion. Succube eut peur, inquiète, elle hésitait mais l’inconnu la tentait et l’âme d’Alexandre, Gabriel, était si belle, sa parure mauve, indigo, calme, froide, enfin la paix, plus de passion, plus de feu, plus de souffrance ; la paix, comment résister ?

 

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