Stances à l’Homme du temps jadis.

Puisque Georges n’est plus là pour nous les chanter,
Ces histoires marantes du mari cornard,
Du gendarme abruti ou du curé paillard,
Qu’il m’accorde à mon tour le droit d’en raconter.

Hélas, si comme toi, cher tonton, j’ai un goût,
Prononcé pour la belle et sa robe à frou-frou,
Je n’ai pas ton talent pour dire en mots galants :
" Je l’aime plus encore en culotte et mieux sans. "

De ton temps, je le sais, de sexe on parlait moins,
Eve, attendant le déduis, était réservée,
Mais lors son chant, si on savait la contenter,
Sans l’appeler " orgasme ", on l’entendait de loin !

Les dames d’aujourd’hui réclament du plaisir,
Et sans vergogne, sans même aller à confesse,
Elles osent, le crois-tu, parler de nos fesses,
En public ou du mal qu’elles ont à jouir !

De toute façon la gaudriole a perdu,
De son charme, car un virus est apparu,
Qui nous oblige, précaution élémentaire,
A nous capuchonner pour aller à Cythère.

Les cornards ne sont plus ceux que tu as connu :
Ces bourgeois vieux, mesquins, égoïstes, jaloux.
Ils se sont associés et toute honte bue,
S’échangent leurs moitiés pour rester dans le coup.

Or, comment désirer la femme toute offerte,
A vos mâles ardeurs et qui se dit experte,
Quand le cocu vous la fiche sous votre nez,
Et qu’il vous dit : " Vas-y mon vieux, c’est ma tournée !"

Et quant aux flics, es-ce possible en vérité ?
S’ils sont restés cons, on les a re-costumé,
Adieu le képi on se croirait aux US,
Merci, sacrés cow-boys, la délinquance baisse !

Le pandore en voyou s’est désormais mué,
Pour coincer les ennemis de la société,
Tire dans le tas, tabasse la prostituée,
Et fout en tôle les pauvres qu’il n’a pas tués.

Le malheur c’est que dans les rangs de ces pervers,
On compte bon nombre de femme, es-ce le mot ?
Ne sont pas les dernières à faire le salaud,
Ces garces qui, de femmes, n’ont même plus l’air.

Je ne te dirais rien de celui qui les guide,
Un nabot minable, un Ubu, nain affligeant !
Car sauf si, par miracle, il se prenait un bide,
Il est probablement le prochain président !

Les curés, mon pauvre vieux, c’est encore pire,
Si ceux que tu peignais étaient drôles en soutane,
Quant ils la relevaient pour partir en bécane,
Et envoyaient aux anges leurs plus gros soupirs.

Quand la foi et l’amour du prochain sont sincères,
Don Camillo n’a jamais cessé de me plaire.
Que Dieu s’accommode des faiblesses des hommes,
" Pardonne à ton voisin ", la tolérance en somme !

Hélas, de nos jours, les tonsurés me font peur,
Quand on apprend que les robes du sacristain,
Furent relevées pour faire subir, quel’ horreur !
Sévices à ces anges qui n’ont pas de seins.

Il y a, c’est certain, des malades partout,
On ne peut pas sur un cas condamner le tout,
L’Eglise n’a rien fait, ni rien dit cependant,
Elle a couvert ces crimes des années durant.

Et que te dire de leurs directs concurrents ?
Ceux là, prêchent pour les femmes l’enfermement,
Convainquent des idiots d’aller se faire sauter,
Dans la foule pour mieux la dé-humaniser.

Bon, tu vois la vie est bien dure devenue,
Même ta pipe n’y serait plus bienvenue,
J’ai cessé de fumer pour sauver ma santé,
Le tabac n’est plus en odeur de sainteté.

Pour finir, cher tonton, sur un air optimiste,
Il me reste mon chat, félin bien attachant,
Noir comme mon humeur, mais souvent ronronnant,
Mort au con de chasseur qui remontrait sa piste !

Je dis, conclusion de ce maladroit poème,
Qu’en mourrant, mon salaud, tu m’as fait de la peine,
Mais tu as eu raison, depuis tout n’est que haine,
Et je te garde une place en mon cœur qui t’aime.


Ar c'haz du. (juin 2005).