La gazette de mars 2010.

Publié le par Ar C'hazh Du

Miaou lecteur,

 

Ce mois de mars, Anastasie à nouveau montre ses vilaines lunettes épaisses de courte vue et ses haïssable ciseaux (modèle taille haie)…

Je m’applique à bâtir ma vie en humaniste ; « bâtir » au sens ou j’applique pour moi même et « lutte » (depuis un des pays réputé le plus démocratique du monde, quel courage), pour faire appliquer à chacun la DUDH (*), je suis, bien entendu, contre toute forme de censure et ce, en vertu de l’Article 19 de la dite DUDH.

Cela signifie que, face à la question à point « Godwin » : aurais-tu laissé publier « Mein Kampf » même en sachant que ce torchon va conduire à un génocide, ma réponse est un « Oui » calme et tranquille.

Si mon choqué contradicteur insistait pour savoir pourquoi et avait besoin de justifications à ce Oui calme et tranquille, j’ajouterais tout aussi calmement et tranquillement que l’humanisme reconnaît, au moins implicitement, à chaque individus une certaine l’intelligence, une aptitude à la culture et à l’éducation, et attend en retour le discernement.

En l’espèce, l’aptitude à discerner que la préservation du droit aux idées, à leurs diffusions et à leur publication est, de loin plus important, même si cela suppose de subir des publications abominables, que le risque qu’induit une publication abominable de voir un groupe social se tourner contre une minorité ethnique, religieuse, sexuelle, et / ou sociale. Et ce pour plusieurs raisons :

La première, c’est que la propagation des idées nauséabondes contient son propre antidote. En effet, le simple fait d’exprimer et de diffuser une idée permet à chacun de se déterminer par rapport à cette idée et, si besoin, de la contrer par d’autres idées elles même diffusées en usant des mêmes moyens. Il n’est que de voir ce qui reste de la crédibilité des idées d’un parti fascisant, lorsqu’on arrive à faire quitter à son président, le terrain de l’invective et de la démagogie pour le pousser à examiner détailler et justifier son programme… Les quelques journalistes qui, au mépris de la politique spectacle, se sont contraint à faire cet exercice austère ont clairement démontré ce que valent de telles idées.

Deuxième raison, s’imaginer que seule la publication de « Mein Kampf » a induit le génocide de millions de personnes, c’est oublier l’ensemble des autres facteurs qui tous ont concourus à ce drame, par exemple, la situation socio-économique catastrophique, le scandaleux traité de Versailles, le partage incendiaire de l’Europe centrale, la faiblesse politique des partis « de gouvernement » de l’époque, le soutien actif d’un patronat effrayé par la monté du communisme ou de revendications sociales, la tendance qu’a chacun à rechercher des boucs émissaire, et j’en passe (plein). Si, ami lecteur, ce descriptif rapide  te rappelle des temps plus contemporains, ce n'est pas un hasard et cela démontre que tu as une certaine finesse d'analyse. Bref, ce n’est donc pas un brûlot qui justifie à lui seul un génocide, ni donc sa parution qui légitime la censure.

Troisième raison, une importance historique et éducatrice. Savoir repérer un torchon haineux, et le tenir pour ce qu’il est, suppose d’en avoir déjà lu auparavant (au moins des extraits), donc d’avoir pu en étudier dans cette phase si importante de la formation d’un citoyen : à l’école, au collège, au lycée (après, c’est un peu tard, pour former un esprit critique). Censurer pour « protéger » est typiquement une attitude hypocrite et manipulatrice ; Le monde est difficile et cruel, apprendre à chacun et au plus vite ce qu’il est et enseigner le goût et la joie qu’il y a à le rendre meilleur est une action de salut public. Empêcher cet apprentissage au jeune âge ne fait qu’exposer au choc de la découverte tardive de la réalité auquel s’ajoute le traumatisme d’une dissimulation révélée, d’une tromperie commise par un être supposé amical.

Pour toutes ces raisons, et sans doute d’autres, l’Article 19 de la DUDH ne souffre pas, à mon sens, d’exceptions. Une caricature outrancière, une mauvaise satire, un vilain brûlot, une imbécile propagande, sans être naturellement encouragée ne saurait être réprimée. Parce que comme le disait déjà Beaumarchais « il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits » et parce que comme le dit (à peu près) une citation faussement attribuée Voltaire « même en désaccord avec vous, je me battrais pour que vous puissiez le dire », je hais la censure et voue Anastasie aux Gémonies. Je pense l’individu assez sage pour se faire une opinion humaniste sans qu’un état, une religion et ou une association morale quelconque ne vienne lui dire ce qu’il ne doit pas lire ou ne pas penser. Et je pense aussi celui à qui manquerait cette sagesse, assez humain pour y accéder avec un peu d’éducation, de bon sens et d’humanité. Encore faut-il évidemment que celui qui est si prompt à censurer soit plutôt prêt à éduquer (ce que Voltaire, humaniste sélectif, ne recommandait certes pas)…

Mais si, à la fin de tout, je me trompe, je préfère encore cette erreur à la vérité d’un tyran, populaire ou non, qu’il soit laïc ou clerc.

Allons, c’est le printemps, puisse chacun, un jour, vivre en restant libre au moins de ces dires.

 

Ar c’hazh du.

 

(*) DUDH : Déclaration universelle des Droits de l’Homme.

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