La gazette de juin 2011 :
Miaou lecteur,
« L’optimiste voit le monde tel qu’il devrait être, le pessimiste le voit tel qu’il est. » Cet aphorisme (dont j’ignore le nom de l’auteur) m’a donné à réfléchir ces derniers temps.
Mon entourage me reprochant souvent de lui plomber le moral avec mon « pessimisme », je lui réponds tout aussi souvent que ce n’est pas moi qui suis pessimiste mais les temps que nous vivons et que je ne fais que les vivre et (me) les expliquer…
A l’image de la girouette qui tourne avec le vent ou du baromètre qui chute avant (et pendant) la tempête, le réaliste d’aujourd’hui ne peut guère voir autre chose que beaucoup de sombre dans son temps ce qui le rend apparemment pessimiste.
Certes, il est des raisons d’être heureux lorsqu’on est en bonne santé, qu’on a un travail générant un revenu, un ou une compagne (voir, une famille) dans un pays développé comme le nôtre. Mais le pessimisme n’est pas forcément quelque chose qui doit être vécu tristement et l’on peut être heureux à titre personnel tout en étant insatisfait du monde. L’optimisme comme le pessimisme n’est pas corrélé à une situation personnelle et seul un égoïste pourrait, parce qu’il va bien, penser que le reste du monde se doit être dans son cas.
J’aurais plutôt tendance à voir celui que l’on qualifie d’optimiste comme une personne égocentrée légèrement inconsciente, à tout le moins insouciante. L’image qui m’en vient serait une Marie Antoinette d’Epinal (c'est-à-dire telle que les révolutionnaires ont voulu nous la dépeindre) ou Marielle Le QUESNOY dans « La vie est un long fleuve tranquille ». Ces personnes vont bien, elles n’ont pas de vrais soucis, se figurent qu’elles n’en auront jamais car elles n’en ont jamais eu (puisque Dieu ou une autre forme de superstition les en préservent en récompense de leur vie méritante) et que les autres n’ont que la place (et les problèmes) qu’ils méritent, en admettant qu’elles jettent un œil sur la vie des autres.
Il existe certes des personnes moins favorisés socialement qui sont optimistes. La psychologie reste la même : égocentrée et insouciante. Le principe de réalité les rattrape en général plus vite que les privilégiés et les conduit finalement soit à la dépression soit à jeter leurs lunettes roses en réaction de résilience pour voir enfin le monde tel qu’il est.
Le pessimiste, plus ouvert sur le monde et les autres, se confronte quotidiennement à sa réalité, soit directement dans sa vie, soit emphatiquement dans celle des autres, soit au travers de l’image qu’il en a dans sa volonté de le comprendre.
Car c’est là que se situe l’explication : non pas que comme le dit cet autre aphorisme que « Celui qui accroît son savoir accroît son malheur », mais on accroît, de fait, de par une meilleure connaissance du monde, la confirmation de son imperfection et du hiatus qu’il y a entre ce qu’il devrait être, pour satisfaire à la justice (ou à la morale) et ce qu’il est, à savoir l’équilibre dynamique entre des enjeux de pouvoir. Commencer par comprendre cela est une bonne base pour rebondir vers un vrai optimisme, non pas celui béat du satisfait ou de l’inconscient naïf mais celui du réaliste qui mesure le monde et réfléchit à son amélioration. La religion et la pression sociale font des optimistes naïfs un outil de l’immobilisme et du conservatisme, tellement profitables aux exploiteurs de tous poils, et stigmatise le réalisme comme du pessimisme, afin de décrédibiliser les clairvoyants.
Car, au final, le pessimiste, constatant le hiatus évoqué plus haut, peut soit renoncer et disparaître à son tour dans la déprime, soit lutter pour le changement, changement qu’il pense possible, ce qui est finalement plutôt optimiste*.
Avec l’espoir de jours meilleurs pour le monde, le chat noir ami lecteur, te souhaite le bonheur de la même lutte.
Ar C’hazh Du.
(*) : Merci Jul pour la remarque pertinente...