La gazette de juillet 2008 :

Publié le par Ar c'hazh du.

Miaou lecteurs,

 

Pas de relâche durant la période estivale, nos dirigeants profitent des congés annuels (un grand classique) pour poursuivre leur œuvre de destruction des progrès sociaux obtenus durant le siècle passé (et celui d’avant) et continuer leur route vers leur idéal : le retour vers les années 1850-70 et peut être même au-delà.

 

La « réforme » (mot classique de nov-langue désignant une activité de recul social et de retour conservateur) du droit de grève est achevée. Comme s’en est vanté le 5 juillet notre despote élu pour 5 ans devant un parterre de militants dévoués, rigolards et obscènes d’arrogance « Désormais, quand il y a une grève en France, personne ne s’en aperçoit »… Il avait promis de maintenir le droit à la grève, il l’a fait ; on peut toujours faire grève... Du moment que cela ne provoque aucun changement, aucune vague, aucune histoire, aucune gène pour quiconque. Désormais pendant la grève le business continue ! Quel bonheur !

 

Voilà donc entr’aperçue la vraie face de notre gouvernement. J’aime ce moment magique et fugitif ou les masques tombent et ou se révèlent derrière les duplicités, les faux-semblants et les postures de faux derche, les âmes tortueuses et hideuses des pervers. Ce moment rare ou pendant une fraction de seconde, on peut apercevoir la vraie nature de celui qui se cache derrière la face policée, figée et souriante, courtoise et presque amicale. Ce moment précis ou les naïfs les plus niais contemplent effarés, horrifiés et désemparés la réalité qu’ils ne peuvent plus ignorer et l’étendue de leur erreur, de leur bêtise et de leur confiance bafouée.

 

Ainsi petit loup blanc, toi et ta meute avez majoritairement souhaité que les cheminots, les enseignants, les camionneurs, les aiguilleurs du ciel, les pilotes, les postiers, les électriciens, les gaziers et tant d’autres encore ne vous dérangent plus dans votre petite vie confite, votre train-train métro boulot dodo ni dans vos habitudes rassurantes. La lutte pour une vie meilleure de ceux qui bossent t’indiffère : toi aussi tu bosses, où tu aimerais bosser ou tu n’en as pas besoin… Bref les grèves c’est les autres, les fainéants qui coûtent une fortune à la France et pire à toi même. Et bien sois rassuré et satisfait petit loup blanc, désormais tu peux aller bosser, ou chercher du boulot, ou continuer à profiter du travail des autres sans rien faire sans te soucier de rien d’autre ; si une grève éclate, elle ne te touchera plus. Poses-toi juste une question en passant : Comment te feras-tu entendre, toi, petit loup blanc, désormais quand la coupe sera pleine (ou plutôt quand ta gamelle à toi sera vide) ?

 

Avec le projet de loi « démocratie sociale et temps de travail » voté par l’assemblée « en urgence »  La démarche globale est claire et se précise chaque mois davantage ; remplacer le dialogue social syndicat – patronat par un dialogue individualisé « d’égal à égal » employeur – employé. D’homme à homme quoi ! Et ça sur fond de chômage endémique de dumping social et de concurrence mondialisée… Effectivement, très égal ce dialogue ! Ainsi, responsabilisé et surtout individualisé, l’employé restera docile et bien sûr seul pour se défendre face à des dirigeants d’entreprises qui possèdent de leur coté toute la puissance d’un service juridique. Si désormais la loi leur facilite le travail, en permettant des accords d’entreprise et même des contrats de travails moins contraignants pour l’employeur que l’accord collectif ou l’accord de branche, les temps des salariés, de durs vont devenir insupportables. Mais c’est dans la logique des choses, petit loup blanc, toi et ta meute tu as voté majoritairement pour ces temps là.

 

C’était déjà pas mal pour un mois de juillet mais dans le cadre du toujours plus, voici que les députés adoptent la loi sur les « droits et devoirs d’un demandeur d’emploi » (j’apprécie le choix des mots, soupèse les un à un, ami lecteur, et réjouis-toi de ce chef d’œuvre de sophisme ; pour revoir à la baisse les droits des chômeurs et accroître leurs devoirs, on fait une loi appelée droits et devoirs afin de nous faire accroire à un « deal » gagnant-gagnant. Or ce n’est pas un deal, c’est une imposition faite aux faibles (les chômeurs) de devoirs qu’il n’avaient pas jusqu’à présents en contre partie de moins de droit qu’ils n’en avaient jusqu’à présent. Les gagnants, ce sont l’Unedic dont les caisses se videront moins et surtout l’état dont les statistiques chômage vont baisser sans réelle amélioration de la situation des pauvres contraints soit de travailler pour une misère soit de tomber dans la misère. Quel beau progrès encore que cette loi là !

Premièrement si un chômeur ne trouve pas d’emploi il devra en accepter un moins bien payé que son précédent salaire ! Et ça c’est génial ; les patrons n’a plus qu’à licencier tout le monde et les rembaucher moins cher dans un an ! Voilà qui va nous redonner à tous du pouvoir d’achat.

Deuxièmement, on ne pourra refuser une offre raisonnable de travail. Comme c’est beau aussi cette rhétorique ! Raisonnable, bien sûr les chômeurs sont des gens tellement déraisonnables ! Quoi, des gens à qui on « offre » (merci du cadeau) un travail à moins de 30km de chez eux le refuse ? Une fois ça passe, on est trop bon, deux fois vous êtes déraisonnable, viré des statistiques ! Faire virer de l’ANPE ceux qui été viré de leur boulot, il fallait oser ! Prochaine étape, virer les miséreux du R.M.I (c’est en cours) puis sans doute les virer de la vie tout court…

 

C’est oublier qu’une société humaine ambitionne de protéger les faibles contre les forts. C’est la raison profonde pour laquelle nous acceptons de renoncer à la loi de la jungle et au chacun pour soi. Parce que, consciemment ou inconsciemment, nous savons tous que nous pouvons à un moment être faible. Or, si cette même société fait peser sur les faibles une pression insupportable et affaiblit une part toujours croissante de la population, alors les faibles deviennent nombreux et reprendront inévitablement leur droit à la violence. S’approcher sans la dépasser de cette limite est clairement une ambition historique des conservateurs nantis et égoïstes. Lâcher des miettes à la canaille, soit mais le moins possible. Aujourd’hui majoritairement grâce à ton vote, ami lecteur, tu leur donne même la possibilité de reprendre les miettes lâchées autrefois à tes pères…

 

Mais les prix flambent, se nourrir, se loger, se déplacer pour aller simplement travailler devient plus que difficile et parfois (de plus en plus souvent) impossible… Dans le pays des droits de l’homme et membre des 8 pays les plus riches du monde, ça me fait frémir, d’autant que je n’oublie pas notre histoire, ni nos traditions républicaines et révolutionnaires. Souffler sur le feu qui couve et fustiger systématiquement telle catégorie socioprofessionnelle, qualifiée, sans réels fondements de « nantie » face aux autres alors qu’on est soi-même plus que privilégié, c’est risquer la guerre civile par les temps troublés qui courent. Le faire pour permettre à ceux qui déjà ont beaucoup sans trop se donner la peine de faire autre chose que de naître, comme le disait Beaumarchais, c’est d’autant plus inacceptable au regard des droits de l’homme, et du simple bon sens.

 

L’assemblée et le sénat ont voté le texte de réforme de la constitution. Soumis au congrès il a  réuni une majorité des 3/5 des suffrages exprimés. Notre constitution vient de connaître une modification sans précédent dans notre histoire. Et personne ou si peu pour nous expliquer en quoi cette modification est nécessaire et ce qu’elle change à notre texte le plus sacré. Personne non plus pour nous dire pourquoi cette réforme si importante passe par le congrès et n’est pas soumise au référendum. Pour un despote élu pour 5 ans qui se veut si proche du peuple, si aimant des classes laborieuses au point de leur demander plus de travail afin qu’ils vivent mieux, je m’étonne de ce fait. Populiste  mais pas téméraire le petit monsieur !

 

Pour ceux qui ont une fibre historique je leur suggère de se remémorer les jours du Directoire et de la venue au pouvoir de notre premier empereur le 18 Brumaire... C’est édifiant. Là aussi on a beaucoup joué avec les réformes de la constitution à ce moment, là aussi le pays était en crise... J’admets que l’histoire ne se répète pas mais comme disait un historien, il lui arrive de bégayer. Je vous souhaite à tous une belle nuit du 4 août.

 

Ar c'haz du.

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