La gazette de juin 2008 :

Publié le par Ar c'hazh du.

Miaou lecteurs,

Et nous voici déjà début juillet. Je rentre de congé d’où mon petit retard de diffusion, mais j’ai pris le temps d’écrire ma gazette. La voici donc encore saturée d’embruns bretons et d’écume atlantique...

Reforme de la constitution : changer les règles en cours de partie sans avoir recours à l’arbitre.

Notre despote élu pour 5 ans a depuis longtemps (et comme beaucoup d’entre nous) " sa " vision de la république. Aussi a-t-il demandé aux parlements de lui préparer puis de voter une " modification " de la constitution. Je ne suis pas assez au fait de la dite modification pour avoir un avis tranché sur cette initiative et je sais qu’on ne demandera pas au peuple son avis par voie référendaire sur la dite modification, aussi j’attendrai d’avoir le texte modifié voté par le congrès en majorité des 3/5 pour me prononcer sur la pertinence de sa teneur.

Mais je voudrais ici faire valoir que cette constitution de la Vème république est le seul texte qui nous protège de l’arbitraire et d’une dérive autoritaire de l’exécutif qui est déjà en France l’un des plus puissant du monde démocratique. En effet, les lois votées au parlement sont depuis toujours l'expression de la volonté de l’exécutif et non plus celle de la volonté populaire incarnée par ces représentants : les députés et sénateurs.

Le seul garde fou (au sens propre) qu’il nous reste, à nous citoyens, c’est que ces lois doivent être en accord avec la constitution. C’est le rôle du conseil constitutionnel que de se prononcer (et seulement sur saisine d’un parlementaire) sur la constitutionnalité de ces lois. Le fait qu’une fois sollicité, il invalide plus en plus souvent les lois votées par le parlement juste avant leur promulgation par l’exécutif montre le peu de cas que nos députés et sénateurs font des fondements de la démocratie et de nos principes républicains inscrits dans notre constitution. Sans doute les connaissent-ils mais ils ne s’en soucient plus tant ils ont besoin de fonds pour se faire réélire. Or ces fonds proviennent de groupes de lobbys (banques, assurances, grands groupe militaro-industriels, pétroliers, etc) qu’il faut satisfaire une fois qu’on est élu. Et si ce ne sont pas les lobbys à qui ils souhaitent complaire, c’est au président qui, lui même, s’affiche clairement du coté de l’argent avec la fascination d’un enfant dans un magasin de bonbons à qui on dirait : " manges tout ce que tu veux "…

Alors puisque le conseil constitutionnel retoque les lois destinées à complaire à ces lobbys, c’est tout simple : changeons la constitution ! Et là nul conseil pour s’y opposer, pas besoin de l’avis du peuple puisque c’est le congrès qui peut le faire... A nouveau une stratégie pour torpiller notre démocratie se met en place. Restons vigilants, et étudions ce texte lorsque nous l’aurons en accès libre. Je ne manquerais pas de t’en reparler ami lecteur... 

Un peuple au moins a eu encore le droit de dire son mot : les irlandais. Et leur mot fût " non ". Je ne gloserais pas sur les motivations de chaque irlandais. Mais le résultat est là ! Le bricolage scandaleux visant à nous faire avaler ce que nous (français et hollandais) avions refusés capote. J’ai fait un tour sur un site de la communauté européenne pour me procurer le texte. J’ai renoncé à le lire in extenso au bout de 3 paragraphes. C’est tout simplement incompréhensible pour le citoyen ordinaire qui n’a pas de formation juridique. Qui accepterait de signer un contrat sans en comprendre un mot ? Tout humaniste et pour l’amitié entre les peuples que je sois et donc à ce titre fermement pro-européen, je n’aurais pas couru le risque de dire oui à un texte pareil. L’Europe manque de transparence, de visibilité et de clarté. Quel citoyen européen peut en conscience affirmer qu’il maîtrise les rouages de l’Europe, qu’il sait le rôle exact des acteurs (parlement, commission, conseil, cour européenne, etc…), qu’il sait ce qu’est une directive et comment elle s’applique ?

Je peux comprendre que le monde complexe dans lequel nous vivons rende difficile une organisation comme l’Europe mais je ne peux pas admettre qu’il soit impossible de formaliser simplement un fonctionnement démocratique basé sur le respect des droits de l’homme et la séparation des pouvoirs, fut-ce pour une confédération d’états souverains. Tant que ces fondements ne seront pas clairs il sera à mon sens impossible d’obtenir une adhésion des peuples à l’Europe.
 

Le malheur c’est que ce flou institutionnel et cette méfiance des peuples fait le jeu des marchands et sert d’instrument d’oppression des puissants sur les faibles. C’est ainsi que dans le même temps du " non " irlandais, on voit passer une directive permettant d’établir en Europe une semaine de travail à 65h et une durée de rétention pour les immigrants (hommes, femmes et enfants) de plusieurs mois pour établir leur statut (en parfaite contradiction avec la notion d’habeas corpus). Et tout ceci face à une population européenne vieillissante qui aura de plus en plus besoin de jeune pour remplacer nos aînés au travail. Sauf à décider une fois pour toute que l’Europe sera, pour le monde, une gigantesque maison de retraite pour fortunés ayant par le profit capitalistique la sécurité financière gagnée sur le travail des populations misérables vivants dans des pays ou les droits de l’homme sont une expression qui peut valoir la détention, la torture et la mort.

Je ne veux pas de cette Europe. A l’heure ou la France prend pour quelques mois la présidence, les principes intangibles qui animent notre grande nation doivent être rappelés, martelés et servir avec enthousiasme un magnifique projet d’entente et d’harmonie entre les peuples. Notre vision française d’une Europe des peuples ne fait pas (loin de là) l’unanimité en Europe, mais elle est partagée par quelques grandes nations historiquement engagées dans la construction européenne (je pense par ex. au Bénélux, à l’Allemagne et à l’Italie) et par quelques autres plus récemment entrées (l’Espagne, et quelques Nations scandinaves). Il n’est pas impossible de créer avec elles la base de l’Europe universaliste et humaniste dont le monde a besoin. Je doute que ce soit le projet de notre président.


Ar c'haz du.

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article