La gazette de septembre 2008 :

Publié le par Ar c'haz du.

Miaou lecteurs,

 

Septembre, les jours raccourcissent, les moyens du peuple aussi…

Ce mois ci, je retiens deux éléments en contre point : le RSA pour la canaille, la Bourse en berne pour les crapules.

 

RSA ou comment subventionner les profits des entreprises en parlant de solidarité :

Le Revenu Minimum d’Insertion sera prochainement remplacé par le Revenu de Solidarité Active. Toujours cette belle rhétorique notre gouvernement, il n’a pas mis sa nov-langue dans sa poche durant l’été. Le message est clair : à terme, foin d’un revenu garanti à tous même aux fainéants sans travail et sans ressources ! Pour prétendre à une aide de l’état, il faudra désormais la « mériter ». Et ce mérite, c’est le travail fourni qui le mesurera. Le projet de loi date du 3 septembre 2008 et sera adopté « en urgence ». Il fait 68 pages. Bien entendu, il faut être juriste pour tout comprendre… Je me demande parfois comment font les députés pour voter en conscience et avec un éclairage suffisant les lois abstruses qu’on leur soumet. Baste, je me suis pelé pour toi, ami lecteur, les pages en questions.

L’exposé des motifs est en lui-même passionnant. Nos dirigeants se sont rendus compte (enfin !) que le libéralisme fanatique avait des effets négatifs sur le peuple et en particulier sur les plus fragiles d’entre nous. Ainsi, la dégradation des conditions salariales est telle que les aides de l’état cumulées finissaient parfois par faire un revenu supérieur à celui d’un employé au SMIC à temps partiel. Ce qui ne facilite pas la motivation pour travailler (vous vous souvenez « travailler plus pour gagner plus » ?) Là c’est « se mettre au travail pour gagner moins » !

La haine de l’inactivité est telle chez l’humain (en dépit de tout ce que l’on veut bien dire à propos des fainéants) que beaucoup allaient tout de même bosser pour des clopinettes au lieu de se morfondre à toucher ces aides de l’état. Toutefois bien sûr, le monde n’étant pas fait que de héros, travailler pour si peu est largement dissuasif. Aussi l’idée lancée est de permettre d’accepter un travail mal payé tout en continuant à percevoir les aides de l’état (et même un peu plus) et éviter ainsi « l’effet de seuil ». A priori une bonne idée sauf que :

1- Cela tend à pérenniser la précarité en incitant les employeurs à maintenir un haut turnover d’employés et à les employer plutôt à temps partiel.

2 – Cela entérine l’idée que le travail d’un homme peut ne pas nourrir cet homme si les impératifs économiques l’exigent et que c’est à l’état (la solidarité nationale) de palier à la défaillance de ce modèle économique.

Par ailleurs, le RSA sera conditionné par la surveillance de la volonté du « bénéficiaire » de rechercher cet emploi.

Ces deux points sont les deux faces de la même médaille. L’argent manque pour payer le travail (bien qu’il ne manque jamais pour payer la spéculation et l’actionnariat). A partir de là, il faut partager le travail et surtout l’argent que le marché est disposé à mettre dedans…

Le drame c’est que l’état, au lieu de dissuader les employeurs de pratiquer ces politiques certes économiquement efficaces mais socialement catastrophiques les encourage par des « réforme » de type RSA. Ainsi demain, rien n’interdit de penser que l’entreprise paiera ce qu’elle veut à ses employés (voir rien du tout) qui iront chercher un complément de paie auprès de l’état, sur présentation du bulletin de salaire. Comment l’état financera ce « système » si dans le même temps il permet, comme de plus en plus souvent, aux entreprises de pratiquer l’évasion fiscale ? Et surtout qu’es-ce qui justifie que l’entreprise paie si mal ces employés qu’il faut que l’état y pourvoie, alors que les profits de ces mêmes entreprises sont de plus en plus élevés ?

L’état doit au contraire garantir qu’un emploi soit suffisamment payé par l’entreprise pour permettre à chacun de vivre des revenus de son travail et, uniquement lorsque le travail manque, fournir un minimum garantissant de quoi se loger, se soigner et se nourrir et ce en ayant recours à l’impôt, tout particulièrement dirigé vers les entreprises qui licencient tout en affichant des profits. Il faut que les frabriquants de misère sociale en finance enfin les remèdes. Un mauvais conducteur paie un malus à son assureur, pourquoi pas une mauvaise entreprise à l’état dont elle bénéficie des infrastructures et de l’éducation de ces employés ?

 

Crise des sub primes : les apprentis sorciers nous présentent la facture…

C’est avéré, nous, citoyens contribuables et consommateurs, allons payer les frasques des voyous qui ont mis à sac l’économie et mis le feu à la finance. Comment ? Voici :

Tout d’abord un petit rappel : Lorsque, au début de la renaissance, la banque fut inventée, l’idée était de mettre en relation ceux qui avaient de l’argent en excès et ceux qui en avaient besoin pour développer une activité. Ainsi on facilite la création de richesses qui sert ensuite à rembourser le préteur (avec un petit bonus), payer le banquier de sa peine et surtout à améliorer le bien être de chacun par le progrès technique, social et humain. Cela suppose donc de ne prêter que l’argent dont on dispose… Tout ce beau système à permis un développement capitaliste de nos sociétés qui a triomphé avec le Fordisme et, chez nous, le capitalisme industriel et paternaliste de type Michelin, Renault et d’autres encore. Le travailleur s’y retrouvait tant bien que mal suite à de difficiles luttes sociales et un état enfin providence.

Tout cela a changé lorsque des illuminés (Hayek, Friedmann et ses Chicago boys et d’autres ensuite) finirent par convaincre les politiques (Reagan, Thatcher et Pinochet initialement mais par la suite, tous les « décideurs » du monde ) galvanisés par la chute du « modèle » soviétique, de ce que l’état devait laisser faire « le marché ». Et ce, en dépit de nombreux contre exemples (récemment en Argentine par ex.) Cette théorie dite « de la main invisible » a généré une idéologie probablement (les comptes sont en cours, l’Histoire le dira un jour) aussi ravageuse pour les peuples de la terre (quoique à plus bas bruit) que les errements marxistes-léninistes et le totalitarisme stalinien. Mais surtout, ces théories, si rassurantes pour les dirigeants ainsi déresponsabilisés des misères de leurs peuples, (ce n’est pas moi, c’est le marché, on ne peut rien y faire…) ont permis à une faune de spéculateurs sans scrupules de pulluler autour de la finance entre temps mondialisée.

Et ces crapules ont joué sur le fait que le pouvoir, autrefois dévolus aux états, de battre monnaie avait été délégué aux banques privées, au nom du laissez faire. Ainsi, les banques ont pu prêter de l’argent qu’aucune richesse ne venait garantir et pas qu’un peu, de l’ordre de 10 à 100 fois en fonction des pays (ils n’ont pas pu faire mieux) ce qu’ils avaient en réserve ! C’est le principe dit « du levier »… Ce sont-ils au moins assurés de ce que les emprunteurs étaient solvables ? Penses-tu ami lecteur, ils ont tout misé sur les débiteurs les moins solides : les « working poor » des USA. Pourquoi ? Parce que c’était là que les intérêts étaient les plus juteux bien sûr ! Vu le peu de fiabilité du débiteur, le taux d’échec de remboursement est important. Pour contrer cela, il faut prêter à un taux élevé afin que les quelques personnes réussissant à rembourser couvre les défaillances de tous les autres.

Sauf que trop d’intérêts tue le crédit et que presque personne n’a pu rembourser. D’autant que aux Etats Unis, on peut comme individu gager sa maison plusieurs fois. Qu’à cela ne tienne, il suffit de saisir ! Oui ? Et bien non ! Parce que une fois saisi, il faut vendre et que si tout le monde vend, le marché s’effondre. L’immobilier « bas de gamme » ne vaut plus un kopeck ! En plus ce kopeck doit être partagé plusieurs fois… Conclusion, les pauvres sont SDF, leur maison saisie est invendable et la banque est ruinée puisqu’elle a prêté plus que ce qu’elle avait, ces actionnaires sont donc ruinés aussi (ça tombe bien, beaucoup sont des retraités de Floride, il va falloir qu’ils se refoutent au taf)… Tiens, au fait, et tant que j’y pense, qui donc, il y a peu encore nous présentait les « fonds de pension » comme la seule solution pour faire face au problème des retraites ? Et qui donc, d’ici peu,  va venir nous expliquer que suite à la chute de la bourse, l’épargne forcée qu’on nous a fait faire dans ce but ne vaut plus rien ? Mais ce n’est pas fini !

Pour convaincre le marché de la pertinence qu’il y avait à prêter davantage que ce l’on possède, les banques ont pris des « assurances » sur les emprunts auprès de compagnie d’assurances qui, elles, ont mal évalué les risques (d’autant que les banques ont un peu menti sur l’état de leur réserve et que les organismes chargés de contrôler tout ça ont été un peu achetés, pardon employés, par les banques à contrôler…)

Du coup, ces assurances ne peuvent faire face à toutes ces créances défaillantes et coulent elles aussi. La gabegie est totale. Et tout cela pour que des golden boys mènent grand train sur une bulle spéculative qui vient de claquer laissant des centaines, voir des milliers de milliards de dollars évanouis, des citoyens ruinés et SDF, une confiance (indispensable au système bancaire) réduite à rien. Comment faire face au truc ? a priori deux approches :

1 – Bien fait pour eux !

Ils ont voulu le libéralisme, qu’ils l’assument ! Ok, alors la confiance disparaît, les banques ferment alors les unes après les autres laissant les épargnants floués, impossible de financer le moindre crédit, la consommation s’arrête et l’économie productiviste aussi… Bref un drame planétaire type 1929 débouchant logiquement sur une montée aux extrêmes (pour info, 29% à l’extrême droite en Autriche lors de leurs élections fin septembre) et l’avènement quelque part d’un gentil Adolf (peut être chinois pour changer un peu) doté de l’arme atomique, le bonheur quoi !

2 – Evitons le pire, évitons le crunch !

Alors pour ça, il n’y a pas de miracle, il faut que les états et leur puissance financière interviennent et recréent la confiance en nationalisant les pertes… Et ça, cela se fait avec les sous-sous de citoyens honnêtes qui travaillent pour gagner leur vie, paient l’impôt sur ces revenus et qui votent, petits loups blancs disciplinés, pour des élus qui nous ont amenés là ou nous sommes en nous disant : « y’a pas le choix » (« There is no alternative » disait Thatcher).

Et Bien si, on avait le choix, la preuve… Alors le choix 2, celui que l’on n’avait pas,  est apparemment le choix de la Fed et du ministre des finances US. Pas encore le choix de la banque centrale européenne. Comme quoi, les plus fanatiques défenseurs du libéralisme ne sont pas forcément outre-atlantique… Même si le Congrès (républicains en tête) rechigne et traîne les pieds en pensant à ces électeurs / contribuables. On va voir qui, du Congrès ou de la maison blanche, alliée à la Fed, va l’emporter.

Cela dit, pour tout payer (au moins 700 milliards de dollars), il faudra sans doute imprimer pas mal de billet (c’est une image) et la poussée inflationniste qui va s’en suivre ne sera évidement pas épongée par une équivalente hausse de salaire. Voilà qui va sans doute améliorer le pouvoir d’achat des ménages s’usant au travail pour vivre et permettre aux « working poor » de mettre un toit sur leur famille. Au final, les pauvres paieront pour les frasques des riches… Quelle surprise !

Quant à la poursuite des responsables devant un tribunal, réclamée par notre président bon apôtre (demandes-toi au passage, petit loup blanc, où sont « placés » ces actifs à lui et qui sont ces copains) il ne faudrait tout de même pas rêver, ce sera déjà beau si de vrais mécanismes régulateurs sont inventés suite à ce carnage financier. D’autant que déjà, on murmure dans les milieux financiers qu’il ne faudrait pas jeter le bébé avec l’eau du bain et que trop de régulation nuirait à la régulation et nuirait à la croissance ! Oui, oui tu as bien lu petit loup blanc, à peine confortés et sauvés par notre futur sueur de contribuable / salarié, ces gens là ne songent qu’à recommencer ! Il faut dire que tu les aides beaucoup en élisant leurs complices…

 

Edwige, je vous parlerai le mois prochain (peut être)… Ainsi sans doute que la distribution de Tasers aux représentants de la police municipale ; des pauvres en colère devant les banques fermés, c’est sans doute à craindre, assurons-nous vite d’avoir un service « d’ordre » efficace.


Ar c'hazh du.

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O
Bon, le passage sur le RSA, j'en parlerai pas, pour ce qui est de l'histoire des finances, ça m'a bien instruit parce que j'avoue que le sujet m'était bien obscur comme il faut.<br /> Et pour l'exemple de la crise de 29, c'est un peu ce que je pense aussi. Surtout que la Chine, l'air de rien, eux ils s'en foutent de la crise, c'est la future grande puissance mondiale, et si les pays occidentaux ne réagissent pas, ils tiendront bientôt le monde entier par les burnes (là il n'en tienne qu'une, y a qu'à voir le mutisme des politiques pendant les JO au sujet des droits de l'Homme).<br /> Chouette avenir en perspective :/
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M
BlackCat ou la révolte élégante. Des analyses nourries, servies par une jolie verve. A quand une chronique hebdo sur france info ? ; )
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