La gazette d'octobre 2008 :

Publié le par Ar c'haz du.

Miaou lecteurs,

Octobre, les feuilles et les motards tombent comme des cours de bourse…
Rapidement, je reviens sur mon article du mois passé. Beaucoup d’entre vous l’on trouvé « bon » et j’ai eu l’heureuse surprise de trouver dans le Marianne qui a suivi sa parution, une analyse poussée qui venait globalement conforter mes réflexions.
Cela dit, pour avoir discuté avec un amateur éclairé ce mois ci, j’amende un peu mon texte par celui-ci.
1 - les taux d’intérêt demandés aux « working poor » étaient faible et variables et non fixes et élevés. De ce fait, tant que la FED maintenait des taux bas, ils avaient une chance de pouvoir rendre l’argent emprunté. Mais si les taux venaient à monter, ils ne pouvaient plus faire face aux échéances. Si, de plus, la valeur de leur bien ne monte pas comme le taux, la saisie ne couvre plus la créance. Concrètement cela ne change rien ; un pauvre ne pas rembourser une dette importante. Vendre un crédit à un pauvre revient à l’appauvrir davantage (d’où le boom des faillites personnelles et du surendettement). Le faire sciemment parce que l’on est payé à la commission, c’est malhonnête.
2 – la titrisation : Je n’en avais pas parlé afin d’éviter de compliquer trop. Cela consiste à morceler toutes les créances en beaucoup de « parts » qui vont avec des actifs « sûrs » et « sains » constituer un portefeuille de valeurs (un produit). Tout investisseur particulier (le « petit épargnant ») passe par des produits financiers proposés par les banques et les assurances. Il « donne » l’argent à la banque qui en retour lui promet un rendement. Mais l’épargnant ne sait rien de ce que fait la banque de son placement. Il confie ses économies en faisant « confiance » à la banque. Si elle est « honnête » elle placera l’argent de façon « sûre » afin de garantir à l’épargnant son rendement quitte à peu gagner en échange. Si elle l’est moins, elle placera cet argent sur des marchés risqués pour maximiser le rendement, fournira, si tout va bien, la part promise et empochera la différence. Le tout sans prévenir l’épargnant du risque qu’elle fait courir à son argent. Tant que le marché est haussier, cela fonctionne, si la tendance se renverse, c’est la catastrophe. Titriser des dettes de pauvre et les noyer dans un portefeuille « sain », c’est courir un risque important. Ne pas avertir les épargnants de ce risque, c’est malhonnête.
3 – L’interdépendance : Bien entendu, toutes les banques ont agit de même pour proposer, dans un marché concurrentiel, le « meilleur » placement, confirmant l’adage « la mauvaise concurrence chasse la bonne ». De ce fait, les portefeuilles gangrenés par ces créances non recouvrables sont innombrables et difficilement identifiables puisque les banques rechignent à reconnaître ces pratiques douteuses. Chacune d’entre elles hésite donc à faire confiance aux autres puisque leur solvabilité est remise en cause… Les compensations (équilibrage des débits et des crédits de banque à banques) sont donc délicates à maintenir ce qui conduit les banques débitrice au manque de liquidité, entraînant des suspensions de paiement aux banques créditrices, qui, ne pouvant recouvrer leur dette, vont à leur tour avoir du mal à boucler leur fin de mois. Cela ne se produirait pas si les banques ne prêtait honnêtement que l’argent dont elle dispose…

Pour ce qui est du « plan » de sauvetage, il consiste en gros :
- A injecter des liquidités, faire des billets (ce que font la FED et la BCE depuis plusieurs mois déjà) en couvrant les défaillances des banques débitrices.
- A garantir (moyennant paiement) les transactions inter-banquaires, pour rassurer les banques entre elles. Si l’une d’elle ne peut faire face, l’état paiera à sa place (un peu comme une hypothèque pour un particulier)
- A racheter et renflouer les banques les plus importantes (nationalisation partielle ou totale) afin de rassurer les épargnants et garantir les créances des autres banques : l’état fait face !
- A rassurer les épargnants en garantissant à hauteur de 70.000 euros les dépôts (ce qui est piquant de la part d’un état dont le premier ministre déclarait, il y a peu encore, devant l’assemblée nationale la faillite pour justifier la réduction du nombre de fonctionnaire…)

Rien, comme on s’en doute, sur la recherche de systèmes efficaces de contrôle et hormis quelques démissions symboliques, rien sur la « moralisation » des traders et autres courtiers véreux poussés aux profits faciles par leurs dirigeants sans scrupules. A ce propos, lorsque je disais, le mois dernier, ces crapules toutes prêtes à recommencer, je ne pensais pas que la caisse d’épargne me donnerait raison si vite en avouant 600 millions d’euros de pertes réalisées, non pas avant le crack mais tout de suite après ! Incorrigibles ils sont, je vous dis…

Pour finir sur ce sujet, une petite mise au point ; je pense que la banque et la finance sont une très grande invention, utile à la société lorsqu’elles mettent en rapport celui qui a de l’argent en réserve et celui qui souhaite développer une entreprise, une activité ou acquérir un bien. Ce que je dénonce ici, c’est la spéculation, le profit réalisé sur un coup de dé et l’irresponsabilité d’une partie, que je veux croire, petite de la profession. Si cette profession ne sait pas faire le ménage toute seule, il est indispensable que les états le fassent, vite, fort et bien. Ces voyous n’ont que trop longtemps ravagé notre planète, mis en danger notre économie et maltraité les populations laborieuses. Une proposition, pour ce qu’elle vaut : Déclarer mondialement illégal d’acheter un bien et de le revendre avec profit sans avoir y apporté aucune valeur ajoutée. Autrement dit rendre illégale la spéculation. Car, aussi fou que cela paraisse, toutes ces actions qui ont conduit à la catastrophe que nous vivons sont (et demeurent), hélas, légales.

En contre point de ces sujets abscons et difficiles, je vais vous parler d’un fait divers. Rassurez-vous, je ne vais pas de sitôt tomber dans l’article de caniveau. C’est juste que cette histoire me semble emblématique.
Les faits d’abords : Un jeune garçon a été mortellement blessé de deux coups de couteau par un agresseur non identifié à ce jour parce qu’il refusait de lui « donner » sa moto. Lui et son complice se sont enfui après son geste avec la moto. Le jeune garçon (25 ans) est décédé à l’hôpital quelques jours après. Les agresseurs courent toujours. L’enquête est en cours comme on dit.
La réaction des motards a été presque immédiate. Une forte mobilisation a conduit à un rassemblement de 500 d’entre eux la première semaine, de plus de 1000 la semaine suivante. Aucune violence, beaucoup de dignité venant d’une population (les motards) pourtant réputée turbulente.
Au-delà de l’émotion et au-delà des faits, j’ai conduit un début de réflexion.
Il est indéniable que l’écart entre les plus pauvres et les plus riches d’entre nous s’est accru, au cours des années passées, dans le monde, en Europe et en France. La criminalité a augmenté corrélativement en dépit de toutes les mesures de répressions qui ont pu être mises en place (et, en France, elles furent nombreuses) ; les prisons sont pleines (la population carcérale de France a dépassé les 64.000 personnes, record historique, pour un nombre de place de l’ordre de 50.500.)
Les victimes de cette criminalité sont principalement les catégories sociales défavorisées à moyennes. Sans confondre le sentiment d’insécurité et l’insécurité elle-même (sujet qui mériterait un article à lui seul), elle se traduit par des actes de plus en plus violents et barbares ou la personne humaine est complètement laissée de coté. La vie et le respect de la vie n’a guère de sens pour des individus abrutis au dernier degré par les conditions de vie qu’ils subissent eux-même. Elevés dans la violence, méprisés et rejetés par la société, complètement sorti du système d’éducation nationale, la plupart du temps drogués, le monde est pour eux un vaste champs de bataille. S’ajoute à cela, le matraquage des médias incitant à la consommation et jouant sur le fait qu’il serait impossible d’être sans avoir… Le matérialisme superficiel renvoie directement ces criminels à leur insignifiance sociale. Sans sentiment de dignité pour eux-même commet pourraient-ils en accorder aux autres ?
Je ne leur cherche pas d’excuse, j’énonce des faits.
Partant de là, et tenant compte que toujours dans l’histoire, il a existé des zones « franches (c’est à dire louches) », de « non droits (c’est à dire du droit du plus fort) », je te rappelle ami lecteur, la cour des miracles sous Louis XIV par exemple, et demandes-toi aussi si Gavroche et ses frères de rue étaient de gentils petits poulbots un rien gouailleurs, ou de vrais malfrats aguerris prêts à tout pour survivre, partant de là donc, il faut à tout prix empêcher ces zones de croître. C’est un rôle dévolu aux forces de l’ordre.
Il est cependant clair que l’on ne viendra pas à bout de cette violence urbaine sans instaurer une vraie société du partage. Mais ce partage ne doit pas non plus oublier le partage de valeurs. Parmi elles et en premier lieu, le respect de la vie de chacun. Si on renonce à la volonté de vivre ensemble, la société n’a plus de sens.
Or ce travail de très longue haleine, pénible, difficile, dangereux, demande un engagement de tous, à commencer par les parents, les professeurs, puis les forces de l’ordre et enfin chacun d’entre nous.
Les parents d’abord, dont la démission assumée depuis longtemps, et que je n’hésite pas à qualifier de lâcheté, conduit chaque enfant à ne pas connaître de limite à sa toute puissance. Je ne suis pas psychiatre mais j’ai cru comprendre que sans barrière, une personnalité ne pourra pas se construire et que l’individu tendra à la psychopathie, c’est à dire l’absence d’autocontrôle en cas de contrariété.
Les professeurs et éducateurs ensuite qui face à des enfants convenablement éduqués par leurs parents peuvent avoir un rôle complémentaire et renforçant en apportant des connaissances qui justifieront à posteriori le besoin d’autocontrôle de chacun et dans ce lieu de la confrontation sociale qu’est la cour d’école, permettront à l’enfant d’expérimenter ces limites. Encore faut-il, que cette autorité ne soit pas remise en cause par ces mêmes parents démissionnaires qui pour justifier leur inaptitude à contrôler leur progéniture détruisent l’autorité des autres adultes, autorité d’autant plus fragile que les enfants sont de nos jours peu éduqués, vite élevés au statut de « victime » et conforté dans leur sentiment d’impunité par les conflits d’autorité entre « adultes ». Si l’on ajoute à cela la pression de l’état pour avoir moins de « fainéant de profs » dans l’éducation nationale, on mesure la gravité du problème...
Face à ce fiasco éducatif, il reste la barrière de la loi, et la force de l’exécutif. Mais là aussi, mal employées, les forces de l’ordre ont ces derniers temps plutôt chassé le conducteur vache à lait au motif qu’il est potentiellement accidentogène que le jeune malfrat potentiellement criminel. Or, si lors dès les premières incartades et infractions, le primo délinquant n’est pas sévèrement remis dans le droit chemin, on conclue une longue liste de fait jamais réprimé depuis l’enfance. La boucle est alors (dé)bouclée. Sans éducation ni construction de son surmoi, rien n’arrête plus « le fauve » et la vie d’un motard ne pèse rien au regard de l’envie qu’il a de sa moto.
Dernier acteur enfin, nous tous, qui, en ne cédant pas à la panique, en relativisant les faits tenant compte de leur rareté sans en nier la gravité, en retrouvant des gestes citoyens de protestation digne et d’assistance aux victimes, et en faisant montre de solidarité, nous pouvons, mieux que tous les carsherisateurs populistes et les  pantins ridicules qui prétendent nous gouverner, sans même savoir se gouverner eux-mêmes, montrer à tous, y compris aux pires crapules, que le vivre ensemble, c’est certes nécessaire mais aussi notre nature profonde d’être humain, et qu’au sein de la meute de petits loups blancs, même un chat noir peut se sentir bien.

Une personne qui m’est chère, de cette cherté qu’aucun trader ne pourra jamais s’offrir, m’a demandé de faire une gazette optimiste ; c’est un défi que je relèverai un jour mais ce ne sera pas pour ce mois-ci. Pourtant crois-moi, ami lecteur, j’aimerais…

Ar c'hazh du.

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O
Bon la 1ère partie, j'ai rien compris, j'avoue, mais j'ai lu.<br /> Pour ce qui est de la 2ème partie, je suis en total accord avec ce que tu écris (ça change hein) sauf que moi je l'exprime avec moins de prose et plus de rage :/<br /> On est dans une société qui refuse le "combat" et qui se résigne à se laisser bouffer par ses chérubins. Chérubins qui préparent eux même la future génération de psychopathes...<br /> Chouette avenir pour la France.
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