La gazette de novembre 2008 :

Publié le par Ar C'haz Du

Miaou lecteurs,

 

Novembre, on arrête d’expulser mais il manque des logements ; Après " travailler plus " voici, travailler mieux, travailler vieux. Liberté, liberté chérie...

 

Depuis le 1er novembre, comme chaque année, la trêve hivernale entre en vigueur. Concrètement, on ne peut expulser un locataire qui ne paie pas son loyer durant les mois d’hiver. C’est une conséquence de l’hiver 54 et de l’appel de l’abbé Pierre, révolté d’avoir trouvé, en plein Paris, un soir d’hiver, une femme morte de froid avec son avis d’expulsion entre les mains. L’histoire est connue. Depuis 50 ans qu’on la raconte, qu’il y a-t-il de changé ? Je veux dire de vraiment changé ? Cette année, on annonce 265 personnes mortes dans la rue en France. Pas toutes de froid bien sûr mais importe-t-il vraiment de savoir de quoi elles sont mortes ? Ces personnes n’avaient nul part où vivre, nul part ailleurs où mourir… D’où ma question :

Quelle politique de logement et plus particulièrement de logement social a suivi la France depuis les années 50 ? Schématiquement, la construction de logements sociaux est passé de 10.000 logements neufs par an à 140.000 logements neufs par an en 1973 (1er choc pétrolier et début de la " crise "). Puis la construction a brutalement décrue sur 3 ans pour se stabiliser à 50.000 logements par an en moyenne jusqu’au années 2000 ou la courbe a de nouveau baissée régulièrement depuis en s’accompagnant de surcroît de destructions importantes et souvent médiatisées de " barres HLM ".

En clair, l’état a pratiquement renoncé à construire des logements sociaux depuis la fin des 30 glorieuses et a accentué son désengagement au tournant du siècle. Toujours au prétexte facile de la loi du marché et du laisser faire. L’idée étant que le privé pallierait ce désengagement, quitte à subventionner les investissements privés dans le locatif. On trouve en effet pléthores de lois qui ont permis de défiscaliser tout ou du moins une bonne partie des achats de foncier neuf à but locatif.

Malheureusement, cela ne fonctionne pas… En tout cas, pas comme il le faudrait. D’abord, parce que le nombre de logements sociaux et surtout très sociaux reste insuffisant, ensuite parce que le bourgeois investisseur exige de telles références pour louer son bien que les " mal logés ", chômeurs ou travailleurs toujours plus pauvres, n’ont aucune chance de les fournir. Enfin parce que la pénurie endémique de logements, entretenue par cette politique de désengagement de l’état sur le logement social a conduit à la hausse des prix du foncier et donc des loyers. C’est d’ailleurs sur cette bulle foncière qu’a pu se bâtir le scandale des sub primes.

Les SDF en France, par nature difficiles à recenser, avoisineraient les 100.000 auxquels il faudrait encore ajouter les 3 millions de mal logés, ceux qui ont un toit mais pas de murs, en tout cas pas de foyer décent, aux normes de confort minimales du standard européen.

Au regard de cela, que reste-t-il de la promesse de campagne de notre despote élu pour 5 ans ? D’ici 2 ans, plus personne ne devait dormir dehors ? Alors ? Comme il est facile d’être populaire en étant menteur… En attendant, au lieu d’aider les travailleurs pauvres à accéder à la propriété en garantissant par exemple un prêt bonifié auprès des banques ou en assurant une relève en cas de " plan social ", l’état, depuis 30 ans, a préféré, quel que soit le gouvernement, favoriser l’augmentation du capital de ceux qui avaient déjà un toit en laissant les pauvres leur payer un loyer au lieu de petites mensualités aux banques. Un choix politique, s’il en est, ne favorisant certes pas le partage des richesses et l’accession à la propriété, pourtant bien connu comme étant une des aspirations majuscules des français. A croire que pour " aider " les pauvres il faille fatalement commencer par aider les riches… Quitte ensuite à regretter de ne pas avoir les moyens d’aider les pauvres !

 

Retraite, les députés viennent de décider, à la sauvette, que l’on pourrait désormais travailler, si on le souhaite, jusqu’à 70 ans. Prétextant le cas très particulier de quelques pontes de médecine ou autres fous de travail qui se voyaient contraints à laisser tomber leur job à 65 ans. Je ne vois d’ailleurs pas ce qui les empêche de continuer d’exercer bénévolement leur art s’ils aiment tant se dévouer pour autrui.

Et bien moi, je pense au cas plus général des autres, à tous ceux pour qui le travail est une souffrance consentie à la survie, un mal nécessaire si l’on veut rester honnête et jouer le jeu de la vie en société, le temps qu’il faut passer à s’user pour profiter d’un peu de confort, de repos, de certains luxes inouïs comme manger, dormir, aimer et se réjouir. Je pense à tous ces gens, à qui on explique que leur travail sert au bien commun mais qu’ils doivent être raisonnables, ne pas exiger l’impossible comme des hausses de salaires alors que déjà, les bienheureux, ils ont un job. C’est si rare de nos jours un job… Il faudrait tout de même pas demander en plus qu’il soit enrichissant (à tout point de vue), bien beau déjà qu’il permette de survivre…

Alors, bien sûr, entre petit salaire, accidents de parcours, plans sociaux, période de chômage, hausse des prélèvements sociaux et vieillissement de la population, la retraite arrivé à 65 ans, elle n’est pas bien grosse… Surtout que les entreprises licencient dès 55 ans (voir plus tôt) et que retrouver du travail à cet âge, c’est diablement difficile. Faire la soudure de ces 10 dernières années, celles qui autrefois rapportaient tant en points de cotisations et garantissaient un revenu décent une fois les gants raccrochés, c’est aujourd’hui une mission quasi impossible.

Alors, fort logiquement dans la tête d’un député qui lui bénéficiera d’une retraite des plus dorée et ce dès 60 ans, la solution, c’est de retarder le moment ou les gens auront envie d’y être, à la retraite et de leur laisser, s’ils ont la chance de travailler toujours à 65 ans, le choix (!) de continuer à travailler pour cotiser plus longtemps. Le choix oui, la liberté toujours, c’est si bon la liberté… La liberté de travailler même le dimanche (on y pense sérieusement en haut lieu) d’être mal payé, mal logé, mal assuré, mal retraité… Tu le veux ainsi, petit loup blanc, alors ainsi soit-il ! Détruisons donc le poulailler tellement aliénant pour nos libertés et que nos prédécesseurs avaient mis des décennies de luttes sociales à bâtir pour protéger les blanches poules du renard.

Ainsi soit-il, le renard sera donc libre de croquer des poules et les poules seront libres de se faire croquer par lui… Récemment je le rappelle ici, une autre loi est sortie qui vise à individualiser le salarié face à l’employeur en permettant de sortir du cadre des conventions collectives un contrat de travail. Pierre par pierre, c’est l’ensemble du droit du travail, garant d’une protection minimale des salariés, que les " réformateurs " détruisent.

Au passage, quelle belle pirouette ! Voici que la liberté justifie désormais tous les abus sociaux. Et voilà que ce choix merveilleux qui nous est laissé de s’user plus longtemps pour avoir de quoi vivre plus vieux, télescope le mythique " there is no alternative " tellement liberticide et si cher aux néo-libéraux. Intéressant aussi d’entendre parler de liberté en matière de " droit du travail " et d’entendre dans le même temps parler de contraindre les sans abri à s’abriter dans les refuges (pour la plupart crasseux et dangereux et ou la dignité humaine est bafouée)... Un discours fluctuant au gré des besoins, une autre preuve que le néo-libéralisme est un totalitarisme. Mais nos dirigeants savent tellement mieux que les pauvres ce qui est bons pour eux...

Alors je propose, chat noir encore une fois, en faux, une autre voix : Pourquoi rejeter loin de l’Europe tous ces jeunes hommes et femmes venant de pays ou l’on crève de faim, ou l’on souffre du manque de liberté et qui seraient ravis de remplacer nos seniors qui, eux, aspirent à un repos mérité au soir d’une vie de travail ? L’Europe vieillit, parce que sa population ne se reproduit pas assez ? Cela grève les retraites ? Alors accueillons donc à bras ouverts, ces gens malheureux qui viendront rajeunir notre population, travailler à la place des anciens, produire de la richesse et consommer cette richesse… On ne peut pas accueillir toute la misère du monde ? A-t-on seulement essayé ?

A moins que ? A moins que l’on ne souhaite, toujours en haut lieu, le maintien de ce statu quo ? Que la " crise " soit une bonne façon d’assurer, par la peur du lendemain qu’elle engendre, la docilité d’une population vieillissante, conservatrice, craignant le jeune, craignant le neuf, craignant l’autre, craignant tout parce qu’elle craint la mort, qu’elle sait proche désormais ? La bonne nouvelle c’est que le statu quo ne dure jamais et que les forces sociales sont tôt ou tard trop puissantes pour être contenues par un carcan gouvernemental. La mauvaise nouvelle, c’est que plus ces forces ont été longtemps contenues et plus leur libération est brutale. Et cela fait déjà presque 40 ans… Et entre temps, que de souffrances !

 

Je retarde encore un peu une gazette sur les fichiers ; Edwige vient d’être remplacée par une autre bonne idée dans l’art de contrôler les poules, euh les moutons, enfin les loups blancs veux-je dire. Joyeux Noël à tous, puisse-t-il mettre un peu d’humanisme dans le cœur des hommes durs...

 

Ar c’hazh du.

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O
La retraite à 70 ans, c'est surtout un moyen pour le gouvernement de laisser au pouvoir des vieux croutons conservateurs. Ils sont l'exemple parfait de la France qui se complait dans une médiocrité passive, en attendant que la solution tombe toute faite du ciel...<br /> C'est ce qui s'est passé en 1939 finalement, sauf que c'est pas terrible non plus comme solution, mais au moins ça a solutionné une grosse partie du problème des retraites. <br /> Il faut du sang neuf, du vrai à la tête de l'état, pas des néo conservateurs qui pensent plus à s'engraisser qu'à redresser la barre du bateau en perdition.<br /> J'en serai presque à dire: pays de merde...
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