La gazette de février 2009 :
Miaou lecteur,
Février, Les impôts et ce qu’on en fait…
Avant de te présenter, ami lecteur, un petit cours de civisme, c’est à dire de ce qu’il faut savoir pour être un citoyen méritant ce titre, je commente rapidement une info que je relierais volontiers à ma gazette de décembre dernier enjoignant chacun à limiter sa fécondité.
Je sais qu’il est immodeste de se citer soi-même, mais la modestie est, à mon sens, une forme policée d’hypocrisie et je hais l’hypocrisie. Donc que les agacés s’agacent et ne poursuivent pas plus avant et que les curieux restent !
Tout le monde, même le plus retardé des petits loups blancs a, je l’espère, entendu parler du « planning familial qui, depuis près de 50 ans lutte pour permettre aux femmes (mais aussi aux hommes) de maîtriser leur fertilité. La contraception est, à mon sens, la plus merveilleuse invention depuis que l’homme est homme, parce qu’elle permet le plaisir sans la crainte, parce qu’elle assure la joie et donc l’équilibre mental, libère l’humanité du joug de la frustration et de son cortège d’aliénation et d’oppression mais aussi, et surtout, parce qu’en trompant la nature, elle permet l’affirmation de la civilisation et le recul de la barbarie. Je développerai un jour ce thème plus avant dans une « Humeur du moment ».
Pour l’instant il y a urgence : Le planning familial, qui n’a pas pour but de détruire la famille (sacro-saint fondement de nos sociétés, un axiome que j’aimerais un jour voir un peu expliqué à défaut d’être démontré), mais au contraire de la conforter au travers de l’assurance de grossesses désirées et heureuses, est une association tellement reconnue comme utile qu’une loi est venue en 1973 lui garantir le soutien de la république (la loi Neuwirth).
Or ce soutien est remis en cause, insidieusement, comme sait si souvent le faire le « politique », par la restriction budgétaire. Cette année, la loi de finance prévoit de quasi couper en deux le budget de l’année précédent…
Une pétition est lancée : http://www.planning-familial.org/petition-defense-loi-neuwirth
Si, toi aussi ami lecteur, tu penses que les femmes, toutes les femmes, pas seulement celles qui ont une situation sociale avantageuse mais aussi celles qui vivent dans l’ignorance et / ou un milieu social obscurantiste voir hostile, doivent pouvoir maîtriser leur fertilité sans pour autant devoir se priver des joies de leur corps et de leur(s) partenaire(s), sois gentil, signe la pétition. Cela n’engage pas vraiment, cela n’est pas bien long et cela n’aura peut être pas d’impact réel, mais sait-on jamais : et si les choses changeaient parce que beaucoup de gens voulaient qu’elles changent ?
Voilà c’est dit. Les impôts donc :
Comme chaque année, à pareille époque, j’ai payé mon tiers provisionnel. Et comme chaque année, cela m’a amené non pas à grogner contre « l’état qui nous rackette » (je n’ai jamais pensé cela) mais plutôt à réfléchir sur ce mécanisme… Voici le résultat dactylographié de cette réflexion :
Tout d’abord, l’impôt est, à l’origine, le prix à payer pour notre vie en société. Il sert à financer les structures de l’état, ses institutions et il permet la réalisation de certaines politiques de développement. La force publique (armée, police) la justice, l’éducation, le transport, la santé publique (entre autres) sont autant de secteur reconnus nécessaires à chacun pour assurer sécurité et confort à lui et à ses proches. Mais l’impôt sert aussi à assurer une fonction de redistribution (une sorte de Robin des bois d’état) en prenant aux riches pour redonner aux pauvres (prestation sociale diverses et variées). Il assure ainsi à tous une certaine paix sociale, nécessaire pour produire la richesse dont chacun va bénéficier, plus ou moins.
Rien d’anormal dès lors que le riche, ayant le plus à perdre de troubles sociaux, paie davantage que le pauvre, le plus enclin à se révolter contre un système social qui ne lui est pas favorable (tout au moins comparativement).
L’impôt n’est donc pas forcément quelque chose de néfaste, c’est au contraire pour peu qu’il soit « juste » un grand facteur de cohésion sociale.
Mais tout est là. Est-il « juste » cet impôt ? Comment définir un impôt juste ?
Il est évident qu’il ne lui suffit pas d’être légal. En dictature, la loi est illégitime et il est juste de la combattre. Dans une république raisonnablement démocratique, ou la loi est édictée par un parlement représentant le peuple, l’impôt est-il juste ? Pas nécessairement puisque la loi (fiscale ici) peut être le résultat de factions et de coteries qui favorise une classe sociale au détriment d’une autre.
Pour les petits loups blancs qui pensent que les classes sociales sont une vue de l’esprit sans réalité sociétale, je ne dirais qu’une chose : ha, ha, ha, elle est bonne ! Je suppose donc que la différence entre un ménage riche habitant le XVIème arrondissement de Paris et dont les enfants fréquentent le lycée Louis le grand et qui va aux sports d’hiver et au Club Med l’été et un ménage pauvre habitant la banlieue dont les enfants sont à peine scolarisés et pour qui les vacances c’est le gris des grands ensembles, c’est aussi une vue de l’esprit ? Je passe sur les différences en matière de qualité (et quantité) de nourriture, de santé et de durée de vie et je reviens à mon propos : du besoin et de la légitimité de l’impôt.
Un impôt est « juste » lorsqu’il répartit équitablement la charge sur les revenus des citoyens et lorsqu’il ne prive pas ces derniers d’une part disproportionnée des dits revenus. Nanti de cette définition, on mesure à quel point l’impôt est injuste en France. Car par impôt, il ne faut pas entendre simplement l’impôt sur le revenu ! Cette belle escroquerie intellectuelle nous est servi (presque) à chaque fois que l’on parle « impôt » dans les médias. C’est oublier que l’impôt sur le revenu ne couvre que 17% du budget (chiffres 2006). Nul doute qu’avec le « bouclier fiscal », cette part va diminuer. En revanche, la TVA et la TIPP assurent à eux 2 env. 55% du budget… Le solde c’est principalement l’impôt sur les sociétés (17%), l’impôt sur la fortune (5%) et les droits de successions (6%).
Il est patent, ami lecteur, que les revenus de l’état sont basés essentiellement sur notre consommation et non sur nos revenus. Car il ne faut pas oublier en outre que le bénéfice des sociétés c’est aussi notre consommation (sur laquelle a déjà été payé la TVA…) Etonnons-nous après cela que l’état encourage tant tout ce qui nous pousse à la consommation…
Mais il faut surtout noter que si l’on paye peu ou pas d’impôt sur le revenu lorsque l’on gagne le SMIC, on laisse tout de même près de 20% de ses revenus à l’état car un Smicard consomme quasiment tout ce qu’il gagne, tandis qu’un cadre moyen célibataire gagnant 3 fois le SMIC (la vache à lait fiscale idéale) laisse env. 35% de ces revenus.
Mais pour peu qu’il soit marié avec un enfant à charge, et son taux d’imposition passe alors à celui du smicard env. 20%. Je te laisse imaginer, ami lecteur, ce qu’il advient pour les foyers fiscaux des couches sociales plus élevées ; La capacité d’épargne d’augmente avec les revenus permettant d’investir dans des portefeuilles d’actions ou des appartements à louer... En clair, plus on est riche et plus la part due à l’état diminue… Enfin, récemment, au cas ou les impôts à payer dépasseraient tout de même la moitié de ses revenus (cas d’un célibataire très riche), intervient alors le bouclier fiscal qui garantie que l’état ne saignera jamais un riche…
Ainsi donc, il est légal de priver un SMICARD de 20% de ses revenus mais illégal de priver un riche (gagnant des dizaines de fois le SMIC) de plus de 50% de ses revenus…
Conséquemment, il vient que l’impôt en France doit être repensé pour être plus juste. Ce constat a été fait déjà depuis plus de 30 ans et rien ne vient, hormis toujours plus de création de niches fiscales pour les riches. Un hasard ? Evidemment non…
Mais on peut si facilement convaincre le petit loup blanc que l’impôt est une plaie, que pour ne pas payer un liard à l’état, le pauvre est prêt à admettre l’injustice sociale qui en découle et dont il est pourtant directement victime que ce serait dommage de risquer sa carrière politique à tenter de mettre en place un peu de justice sociale dans ce pays. Bravo donc petit loup blanc, continue de penser que l’état c’est le mal quand il te prend TES sous et vote derechef pour ceux qui te promettent moins d’impôts (que de toute façon tu ne paie pas) et surtout jamais un impôt plus juste…
Dans le même registre, Le récemment en charge président des USA vient d’imposer un salaire maximal aux dirigeants des entreprises qu’il entend aider des deniers de son état. C’est une première et un grand geste symbolique. Symbolique parce que les dirigeants ne se rémunèrent pas seulement avec un salaire et que donc leur revenu ne va pas vraiment décroître mais l’idée de plafonner les revenus est lancée. Et lancée par le dirigeant de la plus grande nation du monde et celle qui a la réputation de libéralisme la plus forte. Alors messieurs les dirigeants européens, que dites-vous de cette idée ? Puisque nous avons un revenu minimum (qu’il faudrait, au passage, harmoniser) qu’attendez-vous pour exiger face au monde, un revenu maximum ? Et je parle bien de revenu, pas de salaire… Quel individu mérite d’être rémunéré plus de 100 fois le Smic ? Quelle tâche justifierait une telle rémunération ? Et pire encore, qui a besoin de telles sommes pour s’assurer une vie heureuse ?
Et si l’état, enfin, rejouait son rôle, non pas de providence (ce qu’il n’a jamais fait) mais au moins de Robin des bois ? Quel espoir alors pour les peuples vivant sur son sol !
Ar c’hazh du.