La gazette d'avril 2009 :

Publié le par Ar C'hazh Du

Miaou lecteur,

Avril déjà se termine et je ne l’ai pas vu passer. Ma gazette ce mois-ci sera brève, non pas qu’il n’y a guère de chose à dire mais plutôt parce que j’ai eu l’impression que les médias (au moins partiellement) et plus important encore, les réactions populaires (pour peu que les gens de tout milieux que je fréquente soient tant soit peu représentatifs de « l’opinion ») semblent désormais ouvrir un peu les yeux. Partant de là, et fidèle à ma ligne éditoriale, je ne me mettrais pas à hurler avec les loups (qu’il soient d’un blanc pur ou qu’ils commencent à grisonner).

Je reviens toutefois brièvement sur les « séquestrations » de patrons d’usines ayant annoncé des licenciements importants et surtout la nième « sortie » de notre despote élu pour cinq ans stigmatisant les « preneurs d’otages ». Nous avons là, une fois encore, une rhétorique révoltante (poussant à l’indignation). Comment comparer le geste posé par des employés terrorisés mais combatifs visant à tenter de faire comprendre à leur employeur son intransigeance, son mépris de ses semblables et son peu de talent pour diriger une entreprise qui pourtant lui verse de substantiels émoluments, et les pratiques crapuleuses de voyous prenant des otages pour obtenir de l’argent ?
La lutte sociale, si elle ne saurait sortir, dans un état de droit, du cadre des droits de l’homme et du respect humain du à chacun, même aux pires canailles, est par nature une lutte. Et la lutte se conduit aussi sur le terrain de l’intimidation psychologique. La seule force que possèdent les faibles face à la puissance de l’argent c’est leur nombre.
Cette forme de lutte n’est pas nouvelle, elle date de 1936. Elle marque une évolution positive de la lutte sociale ; alors que les canuts avaient détruit leurs outils de travail, les ouvriers grévistes de 1936, sans actes de sabotage occupent les locaux et retiennent les décideurs dans le but d’obtenir de meilleures conditions de travail, de salaire et une périodes de repos. Toutes choses qu’ils finissent par obtenir légalement lors de l’arrivée au pouvoir du front populaire.
Aujourd’hui, le pouvoir, pourtant élu par eux est hostile aux employés, ou plutôt est hostile à de meilleures conditions de vie pour eux à partir du moment ou ces améliorations sont perçues par ce pouvoir comme moins « efficaces » économiquement parlant. Rappeler à ces dirigeants (politiques ou industriels) que, dans une société humaine, l’efficacité économique (la maximisation des résultats d’une entreprise)  doit toujours être subordonnée à l’efficacité sociale (la pérennité de l’entreprise et l’amélioration des conditions de vies des hommes) fut-ce en maintenant sur place les dirigeants cyniques et égoïstes par la pression psychologique du nombre est nécessaire et me semble bien éloigné des pratiques crapuleuses des enleveurs d’enfants…
Amalgame grossier que tente pourtant de faire notre dirigeant en chef. Car enfin, qui voudrait me faire croire que si un dirigeant tentait d’affronter courageusement ses employés hostiles pour quitter son bureau, un seul d’entre eux oserait lever la main sur lui ? Mais le courage physique, justement est ce qui manque bien souvent à ces dirigeants… Et c’est en cela que l’intimidation du nombre est « efficace » pour la lutte.
Sans compter qu’un employé n’attaque pas le premier et que c’est uniquement lorsqu’il est agressé par un plan de licenciement ou une dégradation inacceptable de ces conditions de travail qu’il lui arrive parfois (et encore pas toujours) de réagir. Il s’agit donc d’une légitime défense. Légitime aussi longtemps qu’elle est mesurée et proportionnée à l’agression. Et même si au comble de la frustration, des employés mettent un bureau de préfecture à sac, nous sommes encore très loin du cas de cette entreprise indienne ou les ouvriers, licenciés comme des chiens, ont tué leur patron…

J’ai vu un film à Utopia ce mois-ci : « Let’s make money ». Il raconte en image et en interviews ce qu’est la mondialisation néo-libérale. Pour ceux qui savent déjà ce que c’est, il n’apprend pas grand chose mais pour un petit loup blanc qui voudrait grisonner un peu, je le recommande vivement. D’autant que le discours en est mesuré et s’attache surtout aux faits. Or les faits parlent d’eux-mêmes. Le petit coté « Orwellien » de l’interview du Premier ministre local de Jersey (un paradis fiscal en pleine Europe) n’échappera sans doute pas à un être éveillé. Et pourtant, contrairement à 1984, ce n’est pas de la fiction. Et les déclarations du G20 semblent bien falotes en regard de cette réalité.
Pour finir un chiffre cité à la fin de ce film : c’est en trillion de dollars (milliers de milliards) que se comptent les profits mondiaux qui échappent aux impôts. Et cette somme se concentre dans les mains de 3% de la population… Une imposition « raisonnable » de ces profits permettrait de financer le programme des nations unis pour vaincre la pauvreté mondiale.

Dire que l’on ne peut rien faire pour améliorer le sort de l’humanité est un mensonge. On peut le faire, il faut que nos dirigeants le veuillent et pour cela il faut que nous élisions ceux qui le veulent. Nous votons en juin pour élire le parlement européen, c’est à toi de voir petit loup blanc, veux-tu grisonner un peu ou préfères-tu rester propre sur toi par crainte de perdre le peu que tu as ?..

 

Ar c’hazh du.

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C
Je ne suis pas franchement d'accord avec la justification des séquestrations. <br /> <br /> Déjà, contrairement a toi, je pense que OUI, le patron peut se prendre des grosses mandales et plus s'il cherche a sortir de son bureau contre l'avis des employés qui le retiendront de force, physiquement.<br /> <br /> L'état d'excitation et de révolte bien compréhensible est 100 fois exacerbé a cause de la dynamique de groupe qui, personnellement, me terrifie.<br /> <br /> Pour moi, la séquestration est "juste" un moyen d'attirer les médias, et donc de forcer l'état ou éventuellement le siège social de la boite a réagir. Et ca marche. C'est donc sous couvert de "recherche de l'efficacité" que l'on peut concevoir ces séquestrations. Ce qui en serait presque comique, si ce n'était pas dramatique, car les fermetures des boites en question se font tout autant par "recherche de l'efficacité".
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K
Salut miaou,<br /> <br /> Je suis tout à fait d'accord avec toi. Si les salariés ne séquestrent pas les cadres (encore que je trouve que le terme de séquestration est exagéré car les cadres ne sont privés de rien)jamais le mouvement n'aurait pris autant d'ampleur et la crise aurait pratiquement passé inaperçu car ces licenciements et fermetures n'auraient pas tous été divulgués dans les médias.<br /> Par ailleurs à parler de séquestration, n'est ce pas les dirigeants qui séquestrent en premier, ne volent ils pas les moyens de subsister des ouvriers.<br /> Leur usine ferme et les dirigeants ont le toupet d'encaisser des millions et ils rechignent à verser des peccadilles aux salariés, leur dû entre parenthèse pour être licencier et se faire du mouron pour trouver un autre emploi.<br /> <br /> Karine
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