La gazette de mai 2009 :

Publié le par Ar C'hazh Du

Miaou lecteur,

 

Mai est passé et toujours pas de printemps des peuples…
Pour changer un peu, un événement d’ordre international. Le nouveau messie sauveur du peuple mondial, le formidable président des USA, a annoncé après avoir, dans un beau geste de transparence, autorisé la publication des mémos internes (expurgés tout de même) de la CIA expliquant la " bonne " façon de torturer, que :

" Ceux qui ont fait leur devoir en se basant avec bonne foi sur les conseils légaux du département de la Justice ne seront pas poursuivis ".

Je ne vais pas rentrer dans les détails sordides des " méthodes " employées pour faire très mal à un être humain dans le but de lui faire dire ce que l’on veut l’entendre dire ; disons simplement que le panel dont ont usé "ceux qui ont fait leur devoir" est du même ordre que celui employé par la gestapo, les staliniens et les franquistes, pour ne citer que des bourreaux occidentaux d’un passé récent (donc de temps et d’espaces réputés " civilisés ") sans oublier naturellement certain de nos officiers revenants d’Algérie, les véritables éducateurs des tortionnaires d’Amérique du sud durant les années 70 (je vous suggère, pour plus de détails, de vous référer, par exemple, au travail de Marie Monique ROBIN " Escadrons de la mort, l’école française "). La coercition, psychologique ou physique est de toute façon une abomination et reste indéfendable, quel qu’en soit le motif, au regard des droits de l’homme (article 5). Je ne me vais pas non plus me lancer dans une diatribe contre la torture, tu y auras sans doute droit un jour ami lecteur dans une " Humeur du moment " tant ce sujet est prégnant et me " concerne " comme on dit dans les milieux " in ".

Pour l’heure, je voudrais juste faire remarquer que la déclaration du président des USA est, pour le moins, curieuse, puisque :
1 – Dans un pays démocratique, ou la séparation des pouvoirs s’applique, ce n’est pas à l’exécutif de décider de ce qui est légal ou non mais au législatif. Les poursuites sont par ailleurs une décision de justice, donc dévolue au judiciaire. L’exécutif est, pour sa part, responsable de l’arrestation des individus en infraction et de leur présentation à la justice. Le président des USA ne peut, sauf à remettre en cause cette séparation des pouvoirs, donc la démocratie de son pays décider " de ne pas poursuivre " alors qu’il est justement le dépositaire de la force publique.
2 – La motivation de la décision est non recevable. Ce n’est pas parce que l’on obéit aux ordres des ces chefs que l’on n’est pas passible des tribunaux. C’est exactement ce que n’avaient pas compris des hommes comme Eichmann ou Papon qui prétendaient se défendre de leurs crimes en déclarant " n’avoir que suivi les ordres. " Car c’est justement cette obéissance aveugle à la hiérarchie barbare qui permet la réalisation de l’horreur.
3 – La " bonne foi " invoquée est justement une mauvaise foi. Comment peut-on admettre, en conscience, que les actes commis fassent parti d’un devoir et n’aient pas de lien avec un abus inadmissible de pouvoir, sauf justement à faire taire sa conscience par un recours à des justifications juridiques et légales ? Ce qui est légal n’est pas forcément légitime, loin s’en faut. Pour les petits loups blancs qui n'ont pas encore compris la nuance, je leur suggère une pièce classique de Sophocle : "Antigone" 

En fait, si le président des USA est disposé à dédouaner ainsi les bourreaux, c’est pour éviter d’avoir à remonter une chaîne qui aboutit à la maison blanche. En effet, comment condamner un tortionnaire qui a agit sur ordre sans condamner aussi le donneur d’ordre ? Et de proche en proche, comment ne pas remonter au sommet, c’est à dire jusqu’à G. BUSH ? Et si on condamne un président des USA pour actes de barbarie comment prétendre que les USA soit le phare de la civilisation ?
On ne peut pas, et c’est pour cela qu’il vaut mieux refermer le couvercle quitte à invoquer un vague "risque" pour les troupes... 
Mais justement, poursuivre les criminels d’état, fussent-ils dirigeants, est le vrai signe d’une grande démocratie. Le fait que cela n’ait jamais lieu, m’incite à penser qu’il n’existe pas de vraie démocratie dans le monde et cela justifie du même coup les actions des dictateurs (politiques ou religieux).
Si les USA ne reconnaissent pas le TPI (tribunal pénal international) aujourd’hui, c’est parce qu’ils considèrent que leur justice est la plus " juste " du monde. Cette rapide démonstration montre que nul état, pas même celui réputé le plus " civilisé " n’est disposé à faire passer la justice avant la " raison d’état ". Une vraie démocratie ne peut être sans reconnaître qu’il existe une instance indépendante pour juger des actes de ces dirigeants. Tout tortionnaire qui reste, ni inquiété, ni impuni pour les actes qu’il a perpétré représente le ferment des futures barbaries.

Je rappelle, par ailleurs, aux petits loups blancs que la plus grande assemblée élective mondiale attend nos voix ce 7 juin. Faible rempart, mais vrai rempart, le parlement européen reste le seul moyen pour les citoyens de contrer les malversations et les abus de la commission et du conseil des ministres européen, institutions peu représentatives. Alors en trois mots : Aux urnes citoyens.

 

Ar c’hazh du.

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