La gazette de décembre 2010 :
Miaou lecteur,
Les fêtes sont passées, je souhaite à tous d’avoir bien profité de ce moment parenthèse dans nos sociétés occidentales ou par un accord commun et tacite, un mouvement « spontané » orchestré par la tradition, tous nous faisons (ou devrions faire) une fête, de bons repas, et faire la paix entre nous, afin de repartir sur une nouvelle année en bonnes dispositions. Puisse-t-il en être ainsi même si le nombre de SDF croissant toujours, m’incite à me dire que cette année encore, ce n’est pas gagné…
Gagner ou perdre, voici le thème de ma gazette basée sur la « libéralisation » des jeux d’argent intervenue il y a quelques mois (et dans l’urgence) par l’entremise de notre parlement avide d’offrir à des sociétés privées, la manne sonnante et trébuchante, autrefois dévolue à l’état, venant de parieurs, convaincus de faire de l’argent facile en devinant quelle équipe de foot va gagner la coupe cette année. Vu le succès de notre équipe nationale, il y a fort à parier (ce que je ne ferais pas) que beaucoup en furent pour leur argent…
L’argument de cette « liberalisation », c’est que Internet (le croquemitaine n°2 après l’Europe) empêche l’application correcte de la loi en vigueur qui disait (en gros) : les jeux d’argent sont interdit en France sauf si c’est l’état qui les organise ou à tout le moins les contrôle (et se sert copieusement au passage bien entendu)…
Alors l’argument de l’impossibilité de contrôler les paris (et donc de prendre sa quote-part), c’est du même ordre que si on me disait : puisque la loi qui prohibe l’assassinat n’empêche pas les crimes de se produire, il faut bien l’autoriser… Même schéma avec la drogue, le vol, la pédophilie (autre croquemitaine à la mode) et j’en passe.
En fait, non content de le réglementer, la loi devrait prohiber et condamner le jeu (d’argent, pas le jeu tout court) pour toutes les raisons que voici :
1) Le jeu d’argent est immoral : Bin oui, c’est bête à dire mais c’est ainsi, tout enrichissement qui ne se base pas sur un travail est immoral. Or un jeu par définition ce n’est pas du travail, c’est au mieux une occupation d’oisif.
2) L’état ou la société privé qui organise le dépouillement de la richesse des citoyens « gagne » à tous les coups puisque qu’il prélève une commission sur l’échange de l’argent quel que soit le sens de l’échange. Même le « gagnant » du jeu d’argent repart donc un peu perdant. Lorsque c’est une entreprise privée, l’état intervient en second ressort via l’impôt (en admettant qu’il puisse faire payer une entreprise hors de ces frontières) mais dans tous les cas, les joueurs sont lésés, surtout lorsque l’on sait un peu sa mécanique des jeux et que l’on constate que statistiquement, les mises vont disparaître des poches de chacun et finir dans la poche du casino. Sur le long terme la perte des parieurs est assurée.
3) Enfin et surtout, l’argent est la matérialisation du produit d’un travail, c'est-à-dire d’une production de richesse. Le jeu ne produit aucun bien, aucune richesse et ne matérialise aucun service rendu. Lorsque l’argent change de propriétaire, il n’y a aucune contre-partie, ce n’est donc pas une transaction, juste une spoliation. Et le fait qu’elle soit consentie au départ ne change rien, on ne sait juste pas le nom de celui qui va dépouiller l’autre, mais il s’agit bien d’une forme de racket.
Le petit loup blanc qui va hebdomadairement payer son impôt, pardon jouer au loto m’objectera évidement que le frisson du jeu vaut bien la mise placée. C’est une affaire de point de vue et je n’en disconviens pas même si pour ma part, mon opinion est : bien sûr que non. Cela dit, ce discours pourrait être tenu par un drogué, un alcoolique, un fumeur et par n’importe quelle personne dépendante à une activité quelconque.
Mon coté libertaire me souffle : « mais laisse les donc faire, ils doivent rester libres », mais mon coté humaniste me souffle : « quelles conséquences pour le reste des hommes » ?
Et bien principalement, la tolérance des jeux d’argent et de hasard conduit à la tolérance de la spéculation (qui n’est autre qu’un jeu d’argent un poil plus compliqué ou en plus, comme au tiercé, on peut tricher si on connait les bonnes personnes qui connaissent les bons tuyaux) et la spéculation, j’espère que c’est désormais bien visible pour tout le monde depuis 2008 (pour ne rien dire de 1929), c’est la barbarie et la mort de la civilisation.
Si l’on interdit les jeux d’argent, on interdit aussi la spéculation (c'est-à-dire l’enrichissement sans apport de valeur ajouté) et on sauve l’humanité du désastre financier dans lequel elle se débat vainement.
Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.
Ar c’hazh du.