La gazette de février 2011 :
Miaou lecteur,
Je vous avais fait part du décès en aout 2008 d’un pote motard dans un accident de circulation impliquant un automobiliste. Le jugement (Source la Dépêche) a été rendu récemment sur cet affaire : l’automobiliste a été condamné à 18 mois de prison avec sursis plus 25.000 euros pour préjudice moral. Voilà, justice a été faite, je n’ai pas l’intention de commenter cette décision, je laisse les loups blancs hurler s’ils en ont envie, moi je pense que le système a fait, bien ou mal je ne suis pas qualifié pour le dire, le travail pour lequel il est payé…
Payé ? Voire ! Une autre affaire, autrement plus sordide, vient de défrayer la chronique et a permis au président de notre république de faire une sortie dont il est hélas coutumier. Des coupables vont payer sur ce dossier ! Entendez comme coupable ceux qui ont laissé sortir le « présumé coupable ». Et oui présumé coupable (ce que nous sommes tous apparemment de nos jours). Il l’a déjà jugé et condamné notre bon Président, ce présumé innocent. En gros, en plus de la peau de « l’assassin présumé », il souhaite aussi la peau de ceux qui l’ont laissé sortir. Pour les détails sur le « palmarès » (je pense qu’on dit casier judiciaire) de l’individu, je vous renvoie au blog de Maître Eolas : Article 1 et Article 2 toujours aussi enrichissant.
Pour ma part, je rappelle aux petits loups blancs, prêt à entonner leurs hurlements sinistres avec lui, que le Président de la république, est au terme de notre constitution, le premier de nos magistrats et le garant de l’indépendance de la justice. Et que s’il accable le pouvoir dont il est le garant, il est aussi celui qui, par l’intermédiaire du gouvernement lui donne (ou non) les moyens de fonctionner au travers du budget présenté par l’exécutif à l’approbation du législatif. Or si ces deux derniers pouvoirs ne sont pas chiens pour eux même et les fonctions régaliennes qu’ils encadrent, ils sont beaucoup plus regardants pour le troisième.
Entre 2007 et 2010 le budget est passé de 6,2 à 6,8 Milliards d’euros (on annonce 7,1 pour 2011). Quasi stagnant en euros constants donc quoi qu’en dise le président, le gouvernement et les députés qui les soutiennent dont ni les chiffres ni les lettres ne semblent être décidément le fort. Par ailleurs notre place en part de budget au sein de l’Europe était 23ème sur 25 en 2007. Sur une plage plus étendu de 43 pays d’Europe nous sommes en 2010 en 37ème position. Pas de quoi être fier, pour un état de droit, que d’avoir une justice si mal traitée budgétairement.
On peut toujours arguer que c’est une question de méthode et d’amélioration de l’efficacité et que l’argent ne fait pas tout, il est clair que cette approche « managériale » a une limite et sans rien (ou avec peu) on a rien (ou peu). Par ailleurs, c’est assez piquant de voir cette élite politique prônant le désintérêt pour l’argent chez les autres quand elle n’a d’appétit que pour le clinquant, le bling bling et les yeux de chimène pour tout ceux qui, de près ou de loin, touchent aux métiers d’argents…
Le mépris et la mauvaise foi semblent décidément une mode et un mode de gouvernement. Exactement ce genre de mode qui font le lit des révoltes, voir des révolutions.
Le fond de l’affaire, à mon sens, est le suivant :
Durant les années 80 – 90 les juges ont commis un crime aux yeux des politiques (mais pas aux yeux de la loi, bien au contraire) ; celui d’oser regarder de plus près comment cette élite politique se finance, comme parti politique mais aussi à titre personnel. Et ce que la justice a découvert était, bien entendu, fort nauséabond. Les rétro-commissions, les trafics d’armes, la France - Afrique (que l’on écrit aussi parfois la France à fric), Elf, Total, des vedettes à Taïwan, des casinos un peu partout, des emplois fictifs, du « recyclage » en comité de direction des grandes banques et entreprises diverses avec jeton de présence à l’appui la collusion avec les laboratoires… J’arrête là ami lecteur, tu sais aussi bien que moi de quoi (et par qui) sont fait tout ces scandales.
Là donc ou réside le crime, c’est que la justice s’est mise en tête de poursuivre des élites et cela, cela s’appelle de la « lèse majesté ». Et le pire c’est qu’en dépit de barrière juridique compacte, la justice a parfois trouvé des failles qui ont conduit à des succès (peu nombreux mais réel) deux exemples : un à droite A. JUPPE, un à gauche H. EMMANUELLI, pas de jaloux.
Et c’est cela que les politiques n’ont pas pardonnés. Et c’est la raison profonde de la volonté affirmée de supprimer le juge d’instruction, de « réformer » la justice et surtout du maintien de son budget a minima tandis que, par exemple, celui des forces de l’ordre se muscle et que les lois se « durcissent » conduisant à un engorgement mathématique des tribunaux. Si les magistrats n’ont qu’à peine le temps et le budget pour le tout venant, il laissera à coup sûr tranquille la délinquance en col blanc (perçue, à tort, comme moins toxique par les petits loups blancs) et les manipulations polico – financières des élites.
Que la justice assure la condamnation des coupables de délits et de crimes, c’est une nécessité sociale, qu'elle doive le faire aussi bien chez les puissants que chez les petits est un grand acquis des droits de l’homme. Cet acquis est insupportable aux puissants, comme leur est insupportable la notion de république sociale, de partage et de fraternité. La loi est la même pour tous, faisons en sorte que la justice qui en sanctionne le viol soit aussi humaine qu’universelle.
Cela demande du temps, de l’argent, de l’intérêt pour le peuple que l’on entend gouverner, et surtout, surtout, cela demande le courage politique d’assumer ses responsabilité lorsque le système dysfonctionne, car le risque zéro reste une utopie. Or l’exemple (comme le budget) viendra TOUJOURS d’en haut.
Prétendre tuer son chien parce qu’il la rage, rage que l’on a tout fait pour qu’il la contracte alors qu’on en est le maître, c’est tout simplement révoltant.
Je suis révolté.
Ar c’hazh du.