La gazette de juillet 2010 :
Miaou lecteur,
Allez, comme promis, la suite du cours pour spéculateur débutant ou plutôt pour citoyen responsable qui aimerait comprendre pourquoi il faut urgemment combattre et surtout vaincre la spéculation.
Le mois dernier, nous avons rapidement étudié comment spéculer dans un marché « haussier » et constaté les conséquences d’un renversement de tendance. On pourrait penser que le spéculateur, échaudé par le dit retournement, incapable d’y faire face et après avoir penaud demandé le soutien des états (car ne l’oublions pas, le problème est mondial, la finance s’étant mondialisée bien plus vite que le reste du monde), le spéculateur donc, ferait profil bas, paierait ses dettes et reviendrait à de plus saines pratiques capitalistiques voir même (rêvons un peu) se mettrait à travailler pour produire de la richesse au lieu de voler celle produite par d’autre… Ouais, on pourrait si on est un petit loup blanc. Mais je suis un chat noir et je prête à ces individus les pires intentions du monde, et une absence totale de scrupule et de vergogne, ce qu’ils me rendent bien, intérêt compris.
Je ne suis donc pas surpris d’apprendre que non seulement le spéculateur (en fait les banques d’affaires), tel le drogué moyen ou l’accro au jeu repique au truc dès qu’il s’est fait renflouer par les états sur la décision de leurs dirigeants plus enclins à satisfaire une oligarchie fortunée mais momentanément « en difficulté », qu’un peuple qui, de toute façon, dans le pire des cas votera, (quand vote possible il y a car la démocratie reste largement minoritaire dans le monde) pour la clique « d’en face » le temps d’une alternance, clique qui, de toute façon, ne remettra pas fondamentalement en cause les privilèges des dirigeants et de la dite oligarchie. Et force est de constater qu’il a de la ressource, le spéculateur, puisqu’il a découvert le moyen de spéculer aussi dans un marcher « baissier »… grâce à la vente à découvert dont voici le mode d’emploi.
Partout ailleurs qu’à la bourse, cette pratique serait illégale. Qui par exemple pourrait louer un appartement, le vendre à un tiers, attendre que le prix des appartements baissent afin de le racheter pour le rendre à son propriétaire initial et empocher la différence entre les deux ventes moins le prix de la location ? Légalement personne. Vendre le bien d’autrui est une escroquerie, à tous le moins c’est un dol fait au légitime propriétaire et à l’acheteur. Il semble toutefois que ce soit légal en bourse… Ainsi après avoir gagné beaucoup d’argent en spéculant à la hausse (voir la gazette précédente), le spéculateur gagne aujourd’hui beaucoup d’argent en spéculant à la baisse sur le marché qui s’est retourné. Il peut même alterner ce jeu sur un marché « volatil » (qui change de tendance fréquemment) et à tous les coups, il gagne ! Voilà en gros ce que font les traders de leurs journées.
On peut donc gagner de l’argent non seulement en captant une partie de la richesse produite sans apporter de valeur ajouté mais on peut même en gagner lorsque le reste du monde s’appauvrit, simplement en pariant que cet appauvrissement va se produire. Il suffit de trouver des gogos pour penser le contraire. Penses-y petit loup blanc lorsque les états, ton banquier et les « économistes » via les « journalistes » te jurent tous que « ca va repartir »…
Les conséquences de la spéculation sont aujourd’hui bien visibles : mondialisée et portant sur des somme énormes, elle prive l’économie « réelle » du capital dont elle a besoin, ce qui étouffe la création de richesse qui est soit détruite dans un retournement malheureux soit non crée faute d’un crédit accordé par manque de capital à une entreprise innovante… Autant de « croissance » perdue pour le résumer rapidement.
Venons-en donc maintenant au rôle « social » du spéculateur…
Parce que finalement que ces personnages gagnent ou perdent des fortunes, on s’en moque un peu non ? Et bien non ! Et pour plusieurs raison :
- L’enrichissement sans travail est immoral. J’ose le mot. Disons au moins qu’il est injuste. Et c’est une insulte faite à ceux qui travaillent sans s’enrichir, pour simplement « gagner » leur vie et respecter le contrat social.
- L’enrichissement sans création de la richesse revient tout simplement à appauvrir un (ou des) autre(s). C’est un transfert de richesse sans autre justification que la chance ou la possession d’informations sinon secrète du moins confidentielles.
- Etant données les sommes ainsi risquées et les profits réalisés, ces transferts asphyxient tout simplement les « forces vives » des nations (travailleurs et entrepreneurs), les créateurs de richesses avec pour conséquences directes la ruine des particuliers et des états censés protéger le bien commun. Il n’est que de voir la situation grecque actuelle mais aussi celle plus discrète de l’Espagne et autres pour ne rien dire de la nôtre à court terme.
- Ces détournements et accumulations de biens incitent les états au dumping social pour conserver les capitaux sur leur sol en limitant drastiquement les ponctions fiscales et obligeant alors à des politiques de « rigueur » du simple fait que la richesse est captée par un petit nombre de particuliers au lieu d’être redistribuée aux nécessiteux.
Bref, la spéculation est un système pervers, illégitime bien que légal et légal simplement parce qu'aucun droit international n'est institué pour mettre hors la loi ces pratiques et qui conduit à terme à la chute de la civilisation telle que nous (les occidentaux) la connaissons, la voulons et pour laquelle tant d’hommes (et de femmes, car ce sont les femmes qui se révoltent lorsque leurs enfants ont faim) se sont battus par le passé : une société tolérante, démocratique (autant que faire se peut), apaisée, juste, ou la liberté d’entreprendre est reconnue mais encadrée pour éviter les accumulation de richesses, ou le faible est aidé par le fort, le malade par les biens portants, le vieux par les jeunes, bref, un système social et solidaire, en résumé : aristotélicien.
Il est urgent de rendre ces pratiques spéculatives illégales mondialement, à commencer par l’Europe. Es-ce possible ? Je ne sais pas, mais c’est indispensable si l’on souhaite éviter la chute de la civilisation. Rien de moins...
Ar c’hazh du.