La gazette d'août 2010 :
Miaou lecteur,
Une courte gazette ce mois-ci ; d’abord parce que le mois d’août est calme, ensuite parce que ma vie l’est moins en ce moment et m’a laissé peu de temps pour penser et chroniquer...
Je n’ai toutefois pas pu m’empêcher de noter l’agitation sécuritaire orchestrée depuis l’Élysée pour faire contre point (et tenter de la masquer) à la minable « affaire Woerth ». Mes gazettes de l’an dernier (février, juillet et août 2009) sur la justice fiscale et l’importance d’élargir la taille de la classe moyenne n’ont pas dû être lues au plus haut niveau de l’état… Il ne faut donc pas s’étonner outre mesure de ce que de gros revenus parviennent à se soustraire à la cotisation commune, même au vu et au su de tous. La collusion entre le pouvoir et l’argent est tellement patente de nos jours que peu de gens s’émeuvent encore de ces petits scandales. Et si le pouvoir lui-même ne lui donnait pas de l’importance en tentant de se défendre, ils seraient, hélas, oubliés bien vite. Heureusement, le pouvoir se défend.
Je passe sur les dessous de l’affaire, je n’ai pas de scoop, comme bien on pense, à révéler. Je reviens juste sur un point qui semble avoir été passé sous silence par nos bons journalistes férus de droit, de justice et de morale. La défense du ministre « attaqué » est la suivante et je la résume en une phrase : quoi qu’on me reproche, personne ne dit que c’est illégal, et j’affirme que j’avais le droit d’agir ainsi.
Le « droit » d’agir ainsi, me semble justement être là tout le problème : Le gouvernement envisage benoîtement une période de rigueur sans précédent dans ce pays depuis la fin de la 2nde guerre mondiale, tandis que le nombre d’exclus du « jeu » social va toujours croissant (chômeurs, jeunes sans avenir, employés mal rémunérés et destinés à travailler plus longtemps, retraités mal pensionnés, malades mal soignés et peu remboursés…) Or cette rigueur, je le rappelle au passage, est le résultat du choix de l’état de racheter la dette privée des banques, dette constituée par le dégonflement de la bulle immobilière, dégonflement conséquent du besoin d’endettement des citoyens mal payés cités ci-dessus. Cette décision est justifiée par la nécessité de protéger nos économies (en fait les économies des plus nantis d’entre nous). Ce choix « technique » de protéger le système bancaire pour sauver la mise des spéculateurs et de faire porter le poids de la catastrophe économique sur les producteurs de richesses est hélas dans l’ordre des choses : un parti de droite (même décomplexé) reste le protecteur de l’argent, tout du moins de ceux qui en ont. Je m’étonne toujours, au passage, de ce que les petits loups blancs, désargentés pour la plupart, votent pour un tel parti, sauf à tenir compte du discours sécuritaire, ce qui nous ramène à la stratégie évoquée plus haut…
Mais ce qui me dérange le plus, c’est que nos textes de loi rendent possible ce qui est à mon sens (et au sens commun) quelque chose d’illégitime. Car non seulement, nous allons payer (en argent ou dans notre chair selon notre position sociale et le degré d’agitation qui va résulter de la rigueur) les frasques financières des spéculateurs, mais encore, ceux qui, comme citoyens, devraient, parce que les plus riches, participer le plus à l’effort commun, sont ceux qui, légalement, vont encore (et toujours ?) échapper à ce dit effort. C’est de cette logique que se réclame ce ministre de la république pour légitimer ces agissements et clamer son innocence à avoir agit comme il l’a fait.
C’est cela le vrai fond du scandale : que la loi rende possible ce qui est éthiquement indéfendable, à savoir, les conflits d’intérêts et la protection des riches, responsables du malheur de tous, alors que la loi n’est légitime que lorsqu’elle protège le faible contre les abus du fort. Enfin, à tout le moins la loi républicaine démocratique et sociale (comme le dit l’article premier de la constitution)… D’où ma question à laquelle je crains d’apporter la réponse : au-delà des mots, des déclarations et des postures politiques, restons-nous en république démocratique et sociale ?
Privilèges et prébendes réapparaissent au grand jour dans un contexte de crise mondiale. Saurons-nous faire survivre, sans une guerre civile attisée toujours plus par un gouvernement dépassé et inconscient, l’esprit du 4 août 1789 ? Et, puisque la finance crapuleuse est internationale, saurons-nous faire de lois non éthiques, une impossibilité constitutionnelle dans tous les états de droits ?
Bonne rentrée à tous et puisse la justice sociale être défendue.
Ar c’hazh du.