La gazette de février 2008 :
Miaou lecteur,
Février, un mois court et au milieu la fête des amoureux.
Cette année est bissextile, je dépose donc ma gazette le 29 février. J’aime bien ce jour en plus. C’est comme si la vie s’allongeait un peu, comme si une pause m’était accordée dans une vie remplie, intéressante certes mais toujours sur la brèche. Ce jour là, tous les 4 ans, je m’arrête et je regarde mes 4 années passées, les ai-je bien remplies et les 4 années à venir, qu’en ferais-je ?
Allons, ma gazette :
La bourse tombe toujours, la Société Générale a incarné ce marasme.
Son PDG a plaidé responsable mais pas coupable. Celle qui a osé séparer ces deux notions lorsque le vin tourne au vinaigre s’appelle Georgina DUFOIX. Je lui rends ici l’hommage qu’elle mérite pour cette scandaleuse affirmation. Personnellement je trouve insultant et insupportable (car on me prend pour un idiot et je n’en suis pas un) qu’à chaque fois qu’un nouveau drame social ou humain éclate, on vienne nous expliquer que les " grands chefs " (PDG, hommes politiques, capitaines d’industries, hauts fonctionnaires et j’en passe) pour responsables qu’ils soient du drame en question ne peuvent en être poursuivis. Cela m’est d’autant plus insupportable que l’on n’épargne pas pour autant dans ces affaires les sous-fifres et les sans grades qui ont œuvrés (bien ou mal) sous leurs ordres.
Dans un monde de plus en plus sévère et intolérant, où la sanction tombe toujours plus forte, il m’apparaît ignoble que les principaux responsables soient (presque) toujours épargnés alors que trinquent les lampistes. Selon moi il n’y a que deux possibilités lorsqu’on est chef et qu’une faute sérieuse est commise :
Soit on est au courant et on a couvert, il faut donc aller au bout et réclamer la responsabilité et l’éventuelle sanction si l’enquête fait apparaître des manquements.
Soit on est ignorant et la sanction doit alors tomber pour incompétence.
Vouloir le poste à responsabilités pour les privilèges qui vont avec et refuser d’en assumer les risques est une tendance lourde dans notre société. Cette tendance a conduit l’ancien régime à la révolution française. J’y reconnais là un indice de temps pré-révolutionnaires.
Réforme de la justice.
En relation avec l’organisation de l’irresponsabilité des puissants, on ne sera pas surpris de voir sortir un rapport qui propose de rendre prescriptible à 7 ans partant au moment des faits le délit d’abus de bien sociaux qui était prescriptible à 10 ans partant au moment de la découverte des faits. Un délit qui ne concerne que les puissants se trouvera ainsi pratiquement désormais impossible à poursuivre puisqu’il faut souvent plus de 7 années de recherches laborieuses pour permettre à la justice de constituer un dossier solide tant les dissimulations de fraudes sont bien faites de nos jours.
Une telle réforme exonèrerait de toutes sanctions les patrons voyous. J’ai encore en mémoire la virile déclaration du précédent despote au moment du scandale de Métaleurop nous expliquant que les patrons voyous seront désormais poursuivis avec la dernière énergie… En février 2003, notre actuel premier ministre déclarait même à l'assemblée : " Metaleurop est le symbole d'un comportement irresponsable que le gouvernement veut voir sanctionner de façon exemplaire... " Mieux vaut en rire !
Moins drôle et plus inquiétant encore s’il était possible, le bétonneur propriétaire de la chaîne TV n°1 vient de passer un accord avec le gouvernement sur un projet " pilote " de prison privée. Cela s’appelle un Partenariat Public Privé (PPP). En gros, l’état fournit les matons et les prisonniers et le bétonneur fournit le reste, à savoir les murs, la " nourriture ", et les " lieux à vivre ". Autant de choses sur lequel il va rogner pour maximiser ses profits. Une belle réponse aux alertes plusieurs fois lancées par les associations de droits de l’homme et la cour européenne de justice sur l’état déplorable des prisons françaises... Mais ce n’est pas tout, la production de la population carcérale traditionnellement mise " au travail " sous couvert de réinsertion et qui lui permettait d’améliorer son ordinaire tout en l’occupant va désormais revenir au bétonneur… Un intéressant article parmi beaucoup d'autres de la ligue des droits de l'homme au lien ci après : http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article693.
Avec ces PPP, on vient de dépasser le stade des travaux forcés (l’exploitation du travail des hommes par l’état) pour ré-inventer l’esclavage (l’exploitation du travail des hommes pour le profits d’autres hommes). Je vous suggère un bon film, quoiqu’un peu ancien, sur les méthodes partiquées dans ce type de prisons venues tout droit des USA : BRUBAKER.
En ligne avec cet approche, il y a aussi la notion récente de " maintien en détention après la fin de la peine ". J’ai encore besoin de réfléchir à ce sujet avant d’en parler. Ce sera pour ma gazette de mars.
Notre despote élu pour 5 ans a profité du mois des amoureux pour se marier.
L’opération a été peu efficace au regard de sa cote de popularité qui chute vertigineusement. Le bon peuple de France se réveille-t-il avec une gueule de bois ? Les instituts de sondage sentent-ils le vent tourner (déjà) et lâchent-ils leur chouchou ? Et les médias ? Relèvent-ils la tête ? Trop tôt pour le dire ! Mais nul doute que la position de notre despote est indéfendable. Ou bien il continue dans le populisme et les puissances de l’argent vont le lâcher, compromettant ainsi son avenir politique ou bien il continue à servir ses maîtres financiers et c’est le peuple va le blackbouler ! Pour le moment il multiple les diversions, mais l’exercice est délicat et probablement impossible à prolonger encore bien longtemps. La dernière en date au salon de l’agriculture était manifestement des plus maladroites.
Pour le moment sa marotte, c’est le rôle " civilisateur " des religions. Je dirai un autre jour mon sentiment sur le rôle historique et politique de celles-ci. Pour le moment, je dirai juste que, n'en déplaise à notre président, l’instituteur laïque est parfaitement à même d’enseigner les vertus morales de la république pour peu que les parents ne lui savonnent pas la planche lorsqu’il fait preuve d’un peu de l’autorité que ceux-ci ont, par lassitude et lâcheté, renoncé à montrer envers leur progéniture.
Voir le Président de la République française, gardien des institutions, tenter de torpiller la loi de 1905 sur la laïcité, l’un des piliers de notre " vivre ensemble " montre à quel point là aussi il se rit de sa fonction et de nous tous.
Qu’on me pardonne ici de ne critiquer que le gouvernement et, en particulier, celui qui a décidé de se substituer à lui en tout et pour tout mais je ne peux guère critiquer l’opposition tant il est difficile de parler du vide et de lui trouver des défauts ou qualités…
Le traité de Lisbonne dit " simplifié " est ratifié par le congrès.
Après une procédure express d’amendement de notre constitution, le sénat et l’assemblée nationale ratifient de nuit et à la sauvette le texte destiné à remplacer le défunt projet de constitution européenne. Ce vote de citoyens " sérieux " puisque " élus ", en complète opposition avec l’expression populaire directe que constituait le référendum, montre éloquemment que notre démocratie est malade. Sachez le donc, citoyens, nous avions mal voté fin mai 2005 !
Pour ma part, j’avais lu in extenso le dit traité avant de le rejeter. J’y avais en particulier détesté des mesures du type de celles qui obligeaient les états à indemniser les pertes des entreprises touchées par des mouvements sociaux bloquant la circulation des marchandises…
Outre que ce texte était trop compliqué pour justifier le titre de " constitution ", il ne corrigeait rien de l’organisation défectueuse de l’union européenne en particulier son manque de séparation entre les pouvoirs législatifs et exécutifs. La commission européenne, nommée par les représentants des états membres reste à la merci des lobbys des grands groupes qui, pour le moins la manipule, voir la corrompt.
Il n’est que de voir la pression immense de Monsanto pour forcer l’acceptation des OGM pour s’en convaincre. Le rôle ambigu de Pascal LAMY lors des négociations internationales du GATT est aussi fortement suspect à mon sens. Enfin, les missions de la banque centrale européenne (lutte exclusive contre l’inflation et maintient ruineux pour les humbles sans capital d’une monnaie forte) sont aussi extrêmement discutables pour le keynésien que je suis.
L’Europe n’est pas démocratique (un homme une voix), elle est ploutocratique (un euro, une voix). Cette Europe là, je la rejette comme l’a fait une majorité de français et de hollandais, peuple pourtant traditionnellement très sourcilleux sur la bonne marche des affaires. Voir, 3 ans plus tard, la représentation nationale en accepter un succédané me glace et me conforte dans l’idée que la démocratie est désormais une façade qui cache une maison en ruine.
J’aurais aimé un texte simple de quelques pages, comme celui de la 5ème république, se réclamant de la déclaration universelle des droits de l’homme, précisant le vouloir vivre ensemble des citoyens européens. Ce texte aurait été ratifié par un seul référendum, organisé le même jour sur l’ensemble du territoire de l’union.
Un vrai rêve européen et non une vague confédération conduite par une clique d’affairiste et de marchands avides mettant l’humanité au service d’une économie prédatrice, qui détruit la planète et broie les individus tout en prétendant être à leur service et en expliquant qu’il n’y a pas d’autre alternative.
Lorsqu’un système, quel qu’il soit, prétend " je suis le seul possible, je suis là pour votre bien, quiconque s’oppose à moi est un fou néfaste ", il porte un nom : le totalitarisme. L’économie mondialisée néo-libérale est un totalitarisme. S’y opposer est non seulement légitime mais vital.
Finalement, je consacrerai mes 4 années à venir à lutter contre ce système.
Ar c'haz du.